Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 147 LE STYLE ET LA TECHNIQUE DE NARRATION D’AMINATA SOWFALL DANS DOUCEURS DU BERCAIL Muotoo Chukwunonso .H. Department of Modern European Languages Nnamdi Azikiwe University, Awka Email:chukwunonsomuotoo@yahoo.com Résumé Beaucoup de critiques littéraires ont travaillé sur les œuvres d’Aminata Sow Fall. Beaucoup d’entre eux ont travaillé sur Douceurs du Bercail. Aminata Sow Fall est écrivaine sénégalaise qui occupe une place privilégiée en tant que sociocritique dans la littérature africaine d’expression française. Ainsi, Douceurs du Bercail lui sert d’instrument pour critiquer le racisme, l’oppression et la violation des droits de l’homme. Cette écrivaine travaille d’une manière consciente qui rend son œuvre artistique. Il faut noter que son style distingue son œuvre des autres œuvres. Sow Fall choisit son langage d’une manière consciente et systématique pour bien aborder son message. Dans cette étude, nous allons examiner le style que l’auteur emploie dans Douceur du Bercail et révéler les diverses normes stylistiques utilisées par Aminata Sow Fall dans Douceurs du Bercail. Abstract A lot of literary critics have worked on the works of Aminata Sow Fall. A lot of them have worked on Douceurs du Bercail. Aminata Sow Fall is a Senegalese writer who as a sociocritic, occupies a priviledged place in African Literature of French expression. Hence, Douceurs du Bercail, for her, serves as an instrument of critiquing racism, oppression and the violation of human rights. The writer works in a conscious manner which makes her work artistic. It is worthy to note that her style distinguishes her works from others. Sow Fall chooses her language in a conscious and systematic manner in order to pass her message. In this study, we are going to examine the style that the author used in Douceurs du Bercail and highlight the different stylistic norms employed by Aminata Sow Fall in Douceurs du Bercail. Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 148 INTRODUCTION Aminata Sow Fall est née le 27 avril, 1941 à Saint Louis au Sénégal. Après quelques années passées au Lycée Van Vo de Dakar, elle se rend ensuite en France où elle prépare une licence de lettres modernes. Elle se marie en 1963 puis elle rentre au Sénégal où elle devient enseignante. Elle travaille ensuite dans le cadre de la commission Nationale de Réforme de l’Enseignement du Français. De 1979 à 1988, elle était la directrice des Lettres et de la Propriété intellectuelle au ministère de la Culture et directrice du Centre d’Etudes et de civilisations. Cette écrivaine est aussi la fondatrice de la maison d’édition Khoudia, du Bureau Africain pour la Défense des Libertés de l’Ecrivain (BADLE) à Dakar. Elle est Docteur Honoris Causa des nombreuses universités étrangères. Quand on parle des œuvres d’Aminata Sow Fall, on parle d’une littérature engagée qui traite des réalités sociales. Cette écrivaine lance un appel révolutionnaire. Elle écrit aussi sur les conditions sociales au Sénégal en particulier, et l’Afrique en général. L’œuvre de Sow Fall est consacrée généralement à la société sénégalaise postcoloniale. L’ère postcoloniale africaine se compose des Africains en train de manifester les maux sociaux de l’administration coloniale. Ainsi, elle prend une tache de condamner ces malfaisances à travers leurs œuvres. Elle s’intéresse beaucoup à la vie sociale et culturelle, et surtout l’évolution de la société vers ce qu’on appelle le modernisme. Elle montre que la société fournit la littérature. Avec ses œuvres, elle souligne que c’est la littérature qui fait changer la société et que la littérature amène l’espoir et le progrès de la société. Douceurs du Bercail est le sixième œuvre d’Aminata Sow Fall. Le récit est raconté par l’auteur lui-même d’une manière consciente. L’histoire commence par l’atterrissage de l’avion qui a été pris par Asta, suit par les activités à l’aéroport. Asta qui est le personnage principal du récit est sénégalaise et elle a quarante-cinq ans. Elle est une femme divorcée avec trois enfants dont deux filles à savoir Maram et Sira et puis un fils qui s’appelle Paapi. Asta étant une jeune journaliste est mandatée en Europe par l’organisme qui l’emploie pour couvrir une conférence. À l’aéroport, le contrôle de routine se révèle exigeant et mesquin. Asta est mise aux arrêts. L’intrigue de ce récit commence à la douane. Les douaniers posent beaucoup de questions aux voyageurs qui quelque fois sont frustrés. La souffrance d’Asta commence lorsque la douanière trouve un objet minuscule en fouillant Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 149 ses bagages. Cette action provoque Asta et elle réagit. Elle est donc enfermée dans les caves. Aminata Sow Fall en décrivant ces caves dit ; Un espace rectangulaire surpeuplé d’hommes, de femmes et d’enfants. L’endroit s’appelle officiellement « le dépôt ». Les pensionnaires l’ont dénommé « l’escale ». (39) On constate les souffrances et les malheurs qui arrivent aux gens dans le dépôt. Ils attendent d’être expulsés vers leurs pays d’origine. Dans ce dépôt, Asta rencontre Code, Sega, Yakham, Dianor et Babou. Ils sont tous des personnages dans Douceurs du Bercail. La romancière conseille aux gens et même à tous les africains de chercher d’autres moyens de se débrouiller au lieu de se soumettre à toutes sortes d’humiliations à la douane. Elle vise à transmettre la dignité de l’être-humain dans ce roman. Le ton d’Aminata Sow Fall dans ce récit est frappant. Son ton est celui d’avertissement. Elle vise à attirer l’attention des immigrants africains qui quittent l’Afrique pour voyager en Europe. NOTION DU STYLE Ce qui distingue un auteur des autres c’est le style et l’emploi du langage. Le style employé par un auteur peut être défini comme une manière d’utiliser le langage, voire les expressions dans son œuvre. D’après le Dictionnaire Hachette, le style est ‘‘une manière d’utiliser le langage propre à un auteur ou à un genre (1060). De sa part, Le Petit Larousse définit le style comme ‘‘une manière particulière d’exprimer sa pensée, ses émotions et ses sentiments (967). Aduke Adebayo affirme que ‘‘le style est une emphase (expressive, affective ou esthétique) que l’on ajoute à l’information contenue dans l’énoncé sans altération du sens. Ce qui veut dire que la langue exprime et le style met en relief (121). Le style d’une œuvre aide les lecteurs du texte à mieux comprendre et apprécier une œuvre littéraire. Le style peut être défini comme une manière ou une façon d’utiliser les moyens d’expression du langage. Ayant vu les définitions du style, on dirait que chaque écrivain se sert des styles différents pour exprimer sa pensée dans une œuvre. Douceurs du Bercail est un récit raconté par l’auteur lui-même d’une manière consciente totale apparemment impersonnelle qui émet l’histoire d’un point du vue supérieur. C’est le style de l’auteur qui distingue son œuvre des autres œuvres. Aussi, c’est le bon emploi du langage qui peut permettre les lecteurs pour mieux comprendre et apprécier une œuvre littéraire. La vivacité du style d’un auteur nous permet d’atteindre une compréhension nette de son texte. Dans le Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 150 style d’Aminata Sow fall dans Douceurs du Bercail, on voit l’emploi des images, des symboles, des rythmes et des figures rhétoriques. Les normes stylistiques employées dans ce roman comprennent la métaphore, la comparaison, la personnification, la synecdoque, l’ironie, la litote, l’hyperbole et l’allitération. Aminata Sow Fall permet le transfert du sens par une substitution analogique en employant la métaphore. Elle dit ; <> (106). Lorsqu’ un écrivain cherche à établir une ressemblance entre deux êtres, deux choses ou deux idées, on utilise la comparaison. Cette figure de style se réfère au rapprochement de deux mots, le comparé et le comparant. Dans ce récit, la comparaison est évidente. Sow Fall dit ; <>(71). L’auteur compare le départ d’Asta avec une flèche spontanée et directe parce que le but de voyage d’Asta est officiel et elle est partie avec des papiers authentiques. Un autre exemple de la comparaison dans le récit est lorsque Sow Fall dit ; <> (27). Avec cette phrase, on compare les mains d’Asta avec les crocs d’un automate qui rend claire la gravité de la colère d’Asta et comment elle agrippe de toutes ses forces, les dents serrées et elle n’entend pas le cri déchirant qui attire l’attention des policiers. On remarque l’emploi de la personnification dans ce récit. La personnification consiste à évoquer un objet ou une idée sous les traits d’un être humain. C’est l’action de personnifier, de représenter une chose abstraite sous les traits d’une personne. Sow Fall personnifie le regard de la douanière lorsqu’elle dit ; << à la torture de son regard froid, glacial, inhumain>>(16) Elle donne un attribut humain ‘au regard’ pour bien signaler les traitements inhumains infligés aux noirs par les blancs. La synecdoque est aussi employée dans le texte. Selon Ifeoma Onyemelukwe, cette notion se réfère à la figure de rhétorique selon laquelle on prend le plus pour le moins, la matière pour l’objet, l’espèce pour le genre, la partie pour le tout, le singulier pour le pluriel ou inversement(151). Sow Fall utilise <> pour représenter <> lorsqu’elle dit ; <>(169) Le pied ici, représente un être humain. Cette assertion dévoile le racisme des blancs contre les noirs. Cela se voit chez Diouldé, le mari d’Anne qui croit que Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 151 l’amitié qui grandit entre Asta et Anne va influencer sa femme car les races des noires n’ont pas la même valeur. La synecdoque permet d’exprimer un tout par une de ses parties, un objet par sa matière et vice-versa. L’ironie est une autre figure de style évidente dans Douceurs du Bercail. D’après Le Nouveau Petit Robert, l’ironie est <> son interlocuteur (1356). Dans le récit Sow Fall affirme à travers la parole de Codé à Dianor ; <> En répondant à cette question, Sow Fall dit ; Ah oui Codé ! Nous avons la paix, et comment ! La paix en pagaille- Regarde : partout la paix, les enfants en paix, moi ma culotte et ma chemise fermentées en paix ! Hein Codé paix, paix, paix. Tu es contente(91). L’écrivaine utilise la musique pour expliquer comment les noirs passent leurs temps dans le dépôt. Ces gens cherchent à trouver d’amusements. Ainsi, ils dansent et chantent en attendant leur expulsion vers leurs pays d’origine. Avec la musique, la romancière crée l’humeur. Elle dit ; En attendant Godot, dodo, dodo A l’escale Godot, que c’est bon dodo En attendant Godot, dodo, dodo C’est bon, c’est beau, c’est nice dodo On peut bien penser au pays dodo Avec l’espoir qui fout camp, dodo Et les paa qui rasent les murs qui S’effritent dodo(50) L’usage de l’allitération est évident dans le récit. L’allitération, c’est la répétition des consonnes initiales et par extension des consonnes intérieures dans une suite de mots rapprochés. Dans ce roman, on trouve ; ‘‘Regarde comme Diaalo est perdu, perdu, pour lui-même, perdu pour nous, perdu pour tout le monde’’ (109). Donc, il peut voir la répétition de la lettre ‘P’. On remarque l’emploi de cette figure de style aussi lorsque le narrateur dit ; ‘‘Le policier tourne et retourne les documents, dans tous les sens, sans les lire vraiment’’ (16). Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 152 Douceurs du Bercail est émaillé d’expression wolof qui est une langue sénégalaise. Le récit a des descriptions originales. C’est un roman écrit en langue française mais il y a des expressions sénégalaises ou plus généralement, africaines car les remarques en langue wolof valent pour la plupart des langues africaines. Un exemple de cette langue maternelle qu’elle a utilisée dans ce récit, c’est : « Jom et de ton fayada » (113) et « Beree, ku mên sa moroom, duma » (104). Concernant les temps employés dans le récit, on remarque l’emploi du présent historique, l’imparfait, le passé composé, le futur et le passé simple. Tous ces temps aident à exprimer la façon ou la moyenne dont se déroule l’action. Le présent historique aide à rendre le récit intéressant. Il fait le récit apparaître comme une réalité plutôt que la littérature. Un bon exemple se manifeste quand Aminata Sow Fall dit ; ‘‘Elle sait qu’Anne l’attend à la sortie des passagers’’ (6) L’emploi de l’imparfait est vraiment évident dans le récit. L’auteur utilise ce temps pour exprimer des actions qui durent. Voici un exemple ; ‘‘Ses interlocuteurs ricanaient et exprimaient leur ferme détermination’’ (9) L’imparfait est utilisé pour décrire une scène et un paysage. Il exprime un fait qui a déjà eu lieu au moment où nous nous exprimons mais qui peut encore se dérouler. Ce temps tel qu’il manifeste dans le récit aide à situer l’action dans la chronologie. CONCLUSION Dans cette communication, nous avons examiné la notion de style et le style qu’Aminata Sow Fall invente pour donner corps à ses idées et son message dans Douceurs du Bercail. Chaque auteur se sert de certains styles littéraires pour rendre son message compréhensible aux lecteurs. Le style d’un écrivain est sa manière de présenter ses idées dans une œuvre littéraire. En ce cas nous avons vu les techniques utilisés par Aminata Sow Fall dans Douceurs du Bercail. Son style est fort intéressant. En tant que sociocritique et écrivain, elle soumet la littérature aux lois des réalités sociales de chaque peuple. Elle est réaliste. Elle est engagée et utilise toute opportunité donnée pour réclamer la justice, la paix et la liberté pour tout Posthumous festschrift in honour of late professor R.O. Ezeuko, edited by Dr. Odinye, Egenti & Orji 153 le monde dans la société. Son écriture se caractérise par un recours aux termes wolof et par le choix d’un lexique argotique. Le style simple d’Aminata Sow Fall, sa manière de ficeler des histoires qui se tiennent lui valent un grand succès d’estime auprès des lecteurs. ŒUVRES CITÉES Adebayo, Aduke. Textes et travaux de langue française, (Compréhension, Composition, Explication de textes). Ibadan : Jutor Publishing Company, 1993. Le Dictionnaire Hachette. France : Nouvelle Ed, 1994. Le Petit Larousse. Dictionnaire Encyclopédique. Paris, 1995. Onyemelukwe, Ifeoma. The French Language and Literary Creativity in Nigeria. Zaria: Labelle Educational Publishers, 2004. Sow Fall, Aminata. Douceurs du Bercail. Sénégal : Editions Khoudia, 1998.