Microsoft Word - IGWEBUIKE JOURNAL VOL. 3. NO. 7.doc IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 58 LA MISSION DU CHRIST COMME MANIFESTATION DE LA TRINITÉ DANS L’HISTOIRE DU SALUT : UNE ÉTUDE ANALYTIQUE DU SERMON 52 DE SAINT AUGUSTIN P. Kolawole Chabi, PhD, O.S.A Institutum Patristicum Augustinianum- Roma Résumé Cet article est la continuation d’une recherche que nous avons commencée sur la doctrine trinitaire augustinienne dans sa prédication. Nous avons pris en examen, à travers une étude analytique du Sermon 52, ce que l’évêque d’Hippone enseigne sur l’inséparabilité des Personnes de la Trinité dans leurs opérations ad extra. Plus précisément, nous avons étudié l’inséparabilité du Père et du Fils dans les œuvres de ce dernier dans sa mission par sa naissance, sa passion et sa résurrection. Saint Augustin enseigne que chacun de ces événements de la vie du Christ est son œuvre propre mais aussi celle du Père. Il ajoute par ailleurs, dans d’autres textes significatifs, que le Saint-Esprit ne peut être nullement séparé de ces œuvres, car la Trinité agit toujours en tant qu’un seul Dieu.Si Saint Augustin soutient que c’est la Trinité qui opère dans la mission du Fils, il devient alors difficile de comprendre comment l’on peut dire qu’il a séparé la Trinité de l’Histoire du salut. Introduction Nous avons entrepris une étude sur la doctrine trinitaire augustinienne dans ses sermons dans le dessein de montrer, contre ceux qui l’accusent d’avoir séparé la Trinité de l’histoire du salut et de l’avoir rendue inutile à la piété chrétienne,1 que de telles accusations ne sont nullement pas fondées. Dans ce second article,2 qui est aussi un extrait de notre thèse doctorale auquel nous avons apporté de 1 Nombreux sont les théologiens modernes qui trouvent de nombreux impairs dans la théologie trinitaire augustinienne. Par eux, il faut nécessairement mentionnerK. Rahner,Remarks on the Dogmatic Treatise De Trinitate, dans Theological Investigations, vol. 4: More Recent Writings, trad. Kevin Smyth, Helicon Press, Baltimore 1966, et l’opposant le plus acharné de l’évêque d’Hippone, C. Gunton,Augustine, the Trinity and the Theological Crisis of the West, dans SJTh 43/01 (1990), 33-58; Id.The Trinity in Modern Theology, dans P. Byrne-L. Houlden-L. Houlden (éds.), Companion Encyclopedia of Theology, Routledge, London 1995, 937– 957 ; Id., Trinity, Ontology and Anthropology, dans Id. (éd), Persons, Divine and Human, T. & T. Clark, Edinburgh 1991. 2 Un premier article sur la doctrine trinitaire augustinienne s’est penché sur son enseignement sur la nature de la Trinité dans ses sermons de la période presbytérale.Il a paru sur Igwebuike: An African Journal of Arts and Humanities 3/2 (2017). IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 59 légères modifications,3 nous voudrions montrer comment Saint Augustin enseigne l’agir de la Trinité dans l’histoire à travers la mission du Fils. Notre étude aura comme point d’attache le Sermon52 qui, de tous les sermons authentique de l’évêque d’Hippone, est le seul qui traite spécifiquement de la Trinité. Daté en 412,4 ce sermon est un commentaireà la péricope de l’Évangile selon Saint Matthieu sur le Baptême de Jésus. C’est donc autour de la Personne du Fils, dans sa mission dans le temps, que se déploie une manifestation éclatante du Dieu Un et trine. Nous sommes, pour cela, dans la logique de la mission du Fils qui, après son Incarnation, passera par son ministère public pour aboutir au 3 Notre thèse soutenue à l’Institut Patristique « Augustinianum » en mai 2017 est intitulée : « Le Mystère trinitaire dans l’histoire du salut et dans la vie du chrétien :Une recherche dans les Sermones ad populum de Saint Augustin », sous la direction du P. Nello Cipriani, O.S.A. 4 Sur la datation de ce sermon, voirE. Hill qui suggère que l’évêque l’aurait prêché à Hippone un jour de la semaine en dehors de la messe dominicale : « …It was clearly not at a Sunday Mass for the whole community, where many of the congregation, perhaps most, would be illiterate. So, it would probably have been at some weekday service, or service for some special group of the devout—some kind of house Mass perhaps? Now would Augustine hold such a service outside his own local Church? At Carthage, he certainly might have done so, by invitation. But there is no suggestion of an invitation here. So, I read this passage as implying that the sermon was probably preached in Hippo ». E. Hill, n. 15 au s. 52, dans Id. (trad.), WSA. Sermons III/3 : Sermons 51- 94, 64. Cette hypothèse de Hill n’est pas déterminante pour notre étude sur le sermon. Quel que soit le lieu de la prédication du sermon, notre intérêt va surtout à son contenu doctrinal qui nourrit la foi des fidèles, lettrés ou non, qui comprennent mieux le mystère auquel ils croient ;A. Schindler, Wort und Analogie in Augustins Trinitätslehre, J.C.B. Mohr (Paul Siebeck), Tübigen 1965, 41-42 ; A. Kunzelman, Die Chronologie der Sermones, 485 ; P.-P. Verbraken, Le sermon LII de Saint Augustin sur la Trinité et l’analogie des facultés de l’âme, dans Revue Bénédictine 74 (1964), 10.Hill affirme: « The point is discussed, very briefly, inThe Trinity IV, 21, 30, and raised, but hardly discussed at the beginning of that work, I, 5, 8. Though in this last passage Augustine says that people weary him with questions on this particular point, it is not in fact one that he devotes much attention to in his magisterial work on the Trinity. He deals with this again in Letter 169, 2, 6, written to his friend and colleague Evodius (but it is a slightly huffy letter!) toward the end of the year 415.Both here and inThe Trinity IV he uses the same illustration of memory, understanding and will to make his point. Does this connection with other Augustinian texts help us to date this sermon? Before answering, we must note that in one instance what Augustine says here does not accord with a major theme of his The Trinity. In the closing section of the sermon he says unequivocally, “I don’t say memory is the Father, understanding is the Son, will is the Spirit. I don’t say it… I don’t dare to.” He is clearly thinking it, but he is very hesitant about it. Now in the last books of The Trinity, books IX, X and XI especially, he very definitely and definitively does say just that; he uses the mental triad as a very clear model or analogy for the divine triad—of course with all the necessary reservations that he touches on here, and states more precisely in his letter to Evodius».E. Hill, n. 1 au s. 52, dans Id. (trad.), WSA. Sermons III/3 : Sermons 51- 94, 63. Il conclut au même endroit : «Nonetheless, I think we may tentatively infer that when he wrote to Evodius, he had already got two thirds of the way through book XII ofThe Trinity, and stopped there under the pressure of other demands on him. If that is so, this sermon would have been preached quite a long time before 415. The majority of the scholars in fact date it to 410-412, while one puts it as late as 419-420. For the reasons given, I cast my vote with the majority». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 60 sacrifice suprême du mystère pascal. Et c’est la Trinité qui donne le coup d’envoi à ce ministère du Christ avec l’événement singulier de son Baptême dans le Jourdain.5 Notre étude se divise en deux parties asymétriques. Dans la première, nous ferons duSermon 52 un exposé analytique articulé en trois parties qui en substance présentent l’argumentation de Saint Augustin sur l’inséparabilité des œuvres du Père et du Fils dans la mission de ce dernier dans l’histoire. Nous exposerons comment le prédicateur d’Hippone démontre sur la base des Écritures que la naissance, la passion et la résurrection du Fils sont toutesl’œuvre commune du Père et du Fils. Puis dans la deuxième partie, nous traiterons de ce qu’il enseigne sur le rôle du Saint-Esprit dans la mission salvifique du Christ pour compléter le tableau de la partition que joue chacune des Personnes divine dans cette mission. 1. Un exposé analytique du Sermon 526 Après un bref exorde dans lequel le prédicateur dit aux fidèles qu’il prêcherait sur le thème du jour sous l’inspiration et l’ordre du Seigneur, il déclare directement que ce qui se passe sur les rives du Jourdain comme un « divin spectacle » c’est bien sûr la révélation de notre Dieu dans sa Trinité sainte.7 Il décline alors le spectacle en reprenant la narration évangélique pour indiquer les trois Personnes de la Trinité distinctement dans l’action que l’évangéliste associe à chacune : Jésus fut baptisé par Jean après l’avoir convaincu qu’il fallait 5 Saint Augustin dira dans un autre sermon qui serait prononcé entre 417 et 418 qu’à travers le Baptême de Jean reçu par le Christ, le Père, le Fils et Saint-Esprit ont consacré le baptême institué par le Christ en faveur des chrétiens. Cf. Aug., s. 51, 33 (RB 91, 44) : « Et quamvis esset illud baptismum Ioannis ; in eo tamen sensibiliter apparuit Trinitas Patris et Filii et Spiritus sancti, qua consecratus est ipsius Christi baptismus, quo baptizandi erant futuri Christiani : Pater, in voce quae facta est de coelo ; Filius, in ipso homine Mediatore ; Spiritus sanctus, in columba ». Donc le baptême qu’a reçu le Seigneur est voulu par la Trinité en vue de celui que recevraient les chrétiens par la suite. C’est d’ailleurs au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit que Jésus ordonnera que les apôtres baptisent ceux qui auront cru à leur prédication (Mt. 28, 18). 6 Le s. 52 a déjà été l’objet de nombreuses études, attendu qu’il est pratiquement le seul sermon de notre auteur entièrement consacré au mystère trinitaire. Nous pouvons citer entre les plus importantes études, celles de M. Mellet, Le mystère de la Sainte Trinité : Comment Saint Augustin prêchait la Trinité aux fidèles d’Hippone, dans La vie spirituelle 64 (1941), 401-421 ; G. Bardy, Saint Paul Juriste, dans RecSR (1943), 209-210 ; M. Smalbrugge, L’analogie réexaminée, dans RHPR 69/2 1989, 121-134.L. Ayres, “Remember that you are a Catholic” (Serm. 52, 2). Augustine on the Unity of the Triune God, dans JECS 8/1 (2000), 39 – 82 ; S. González,La vivencia trinitaria en San Agustín ('De la Trinidad' y 'Sermón 52'), Religión y Cultura 46 (2000), 301-317. 7 Id., s. 52, 1 (RB 74, 15-16) : « Videmus enim et tamquam proposito divino spectaculo contuemur, apud flumen Iordanen commendari nobis Deum nostrum in Trinitate ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 61 accomplir toute justice, l’Esprit-Saint descendit sur lui en forme de colombe, et on entendit du Ciel la voix du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis mes affections ». Le prédicateur récapitule : « Ne voyons-nous pas ici la Trinité distinctement ? Dans la voix nous entendons le Père, nous adorons le Fils dans l’homme qui reçoit le baptême, et l’Esprit-Saint dans la colombe. Il suffit de le rappeler ; rien n’est plus facile à saisir. Quoi de plus évident ? Quoi de plus indubitable ? C’est bien ici la Trinité ».8 Ainsi, Saint Augustin établit que c’est la Trinité qui s’est manifestée distinctement dans les Personnes du Fils qui s’est transporté d’un lieu dans un autre et donc présent au bord du fleuve pour le baptême, du Saint-Esprit apparu en forme de colombe allant lui aussi d’un lieu à un autre, et du Père dont la voix s’est faite entendre nettement. Il affirme alors « quamvis timide » que la Trinité est « quasi separabilem ». De cette manifestation, Saint Augustin en arrive à affirmer qu’« Il y a donc ici comme une triple séparation de lieux, de fonctions et d’œuvres ».9 À ce point survient l’habituelle méthode augustinienne qui consiste à donner de façon imaginaire la parole à l’auditoire qui devrait objecter à son propos sur cette question de la séparabilité de la Trinité. Du coup, il anticipe la réaction des fidèles qui, fermes dans leur foi, n’accepteraient pas une telle idée. On lui répliquerait, dit-il : Montre plutôt que la Trinité est inséparable. Souviens-toi que tu es catholique et que tu parles à des catholiques. Tel est en effet l’enseignement de notre foi, c’est-à-dire de la foi véritable, de la foi droite, de la foi catholique, de la foi qui ne repose pas sur les présomptions de l’esprit mais sur les témoignages de l’autorité, de la foi qui ne flotte pas incertaine au souffle téméraire des hérétiques, mais 8 Ibid (RB 74, 16): « Habemus ergo distinctam quodam modo Trinitatem : in voce Patrem, in homine Filium, in columba Spiritum sanctum. Hoc quidem commemorare opus erat ; nam videre facillimum est. Evidenter enim, nec ullo dubitationis scrupulo commendatur haec Trinitas ». Dans un texte où il polémique un peu avec les scismatiques, ceux qui, ingrats contre le Saint-Esprit, ne voient pas sa manifestation et brisent l’unité et la paix de l’Église, Saint Augustin affirme encore la manifestation de la Sainte Trinité dans le baptême du Seigneur. Cf. Id., Io. eu. tr.6, 5 (CCL 36, 56) : « EtapparuitibisanctaillaetueraTrinitas, quaenobisunus Deusest. Adscenditenimdominusabaqua, sicutineuangelio legimus : etecceapertisunteicaeli, etuiditspiritumdescendentem uelutcolumbam, etmansitsupereum ; etstatimuox consecutaest: tuesFiliusmeusdilectus, inquomihicomplacui[Mt. 3,16sq.]. ApparetmanifestissimaTrinitas, Paterinuoce, Filiusin homine, Spiritusincolumba. InistaTrinitatequomissisunt apostoli, uideamusquoduidemus, etquodmirumestquiailli nonuident ; nonenimuerenonuident, sedadidquodfacies eorumferit, oculosclaudunt ». 9 Aug., s. 52, 2 (RB 74, 17) : « Tria haec quasi separantur locis, separantur officiis, separantur operibus ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 62 qui demeure fortement établie sur la vérité apostolique.Voilà donc ce qu’elle nous fait connaître, ce qu’elle nous donne à croire… que le Père, le Fils et le Saint-Esprit forment une inséparable trinité, un seul Dieu et non pas trois dieux.10 Saint Augustin veut établir le fondement orthodoxe de la foi de l’Église dans l’unité et l’inséparabilité de la Trinité. Mais il ne manque d’insister sur la distinction des Personnes car, comme il le souligne, la Trinité est un seul Dieu sans que « le Fils soit le Père et sans que le Père soit le Fils, sans que le Saint-Esprit soit le Père ou le Fils, car il est l’Esprit et du Père et du Fils ».11 Le prédicateur est bien conscient qu’il a devant lui une entreprise de longue haleine demandant un effort soutenu pour justifier que les trois Personnes ont agi séparément dans l’épisode que narre la péricope évangélique, et soutenir tout de même que la Trinité est inséparable dans ses opérations. Il invite alors l’assemblée à prêter attention et implore leur prière et collaboration car, dit-il, sous le poids du corps qui se corrompt et appesantit l’âme, il est très difficile de l’élever vers Dieu.12 1. 1. L’inséparabilité des œuvres du Père et du Fils13 10 Ibid., : « Dicat mihi aliquis: Ostende inseparabilem Trinitatem. Memento catholicum te loqui, catholicis loqui. Fides enim nostra, id est, fides vera, fides recta, fides catholica, non opinione praesumptionis, sed testimonio lectionis collecta, nec haeretica temeritate incerta, sed apostolica veritate fundata, hoc insinuat; hoc novimus, hoc credimus… inseparabilem esse Trinitatem, unum Deum, non tres deos ». 11 Ibid., « Ita tamen unum Deum, ut Filius non sit Pater, ut Pater non sit Filius, ut Spiritus sanctus nec Pater sit, nec Filius, sed Patris et Filii Spiritus ». 12 Ibid., 52, 3 (RB 74, 17-18) : « Videtis enim quid susceperimus ; non solum quid, verum etiam qui; unde volumus dicere, ubi positi, quomodo positi in corpore quod corrumpitur et aggravat animam, et deprimit terrena inhabitatio sensum multa cogitantem. Quando ergo istum sensum a multis extraho, et ad unum Deum Trinitatem inseparabilem colligo, ut aliquid videam quod dicam ; putasne in hoc corpore quod aggravat animam, ut aliquid vobis digne loquar, potero dicere : Quoniam ad te, Domine, animam meam levavi? Adiuvet me, levet eam mecum. Nam infirmus sum illi, et gravis est mihi. » 13 Dans la littérature patristique, l’inséparabilité des Personnes de la Trinité dans leur opération ad extra est une doctrine fortement établie même avant Saint Augustin. Dans ce sens il s’insère dans une tradition que l’Église tient et transmet. Entre autres Pères qui ont développé une réflexion théologique sur cette question, l’on peut citer : Irénée de Lyons : «Le Père a toujours avec lui son Verbe et sa Sagesse, le Fils et l’Esprit, par qui et en qui il a fait toutes choses… Il n’y a qu’un seul Dieu, qui par son Verbe et sa Sagesse a fait et disposé toutes choses » (Adv. Haer. IV, 20, 1.4) ; Saint Athanase : « Le Père fait toutes choses par le Verbe et l’Esprit, et c’est ainsi que l’unité de la Sainte Trinité est sauvegardée » (Ad Serap. I, 28) ; Saint Hilaire de Poitiers dans la tradition occidentale : « Il n’y a qu’un seul auteur de toutes choses, car un est Dieu le Père, de qui (sont) toutes choses, un le Fils unique Notre- Seigneur Jésus-Christ, par qui (sont) toutes choses, un l’Esprit, qui est le don en toutes choses ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 63 L’évêque observe, d’entrée de jeu, que certains frères de l’assemblée qu’il reconnait « plus studieux » posent souvent la question de savoir si le Père fait quelque chose sans le Fils où si le Fils agit quelques fois sans le Père. Cette inquiétude des frères guidera une longue partie de la prédication et orientera les diverses facettes de la réflexion sur l’intervention des autres Personnes de la Trinité (le Père et le Saint-Esprit) dans la mission du Fils. Mais Saint Augustin se concentre d’abord sur le Père et le Fils pour montrer comment ils opèrent ensemble dans la création et le gouvernement du monde. C’est surtout se en basant sur certains testimonia bibliques que le prédicateur indique aux fidèles comment les deux agissent ensemble. Trois des points fondamentaux que notre prédicateur promet de démontrer dans le sermon du jour sont la naissance, la passion et la résurrection du Christ qui sont réalisées aussi bien par le Père que par le Fils. Il ne fera pas cette démonstration au moyen de spéculations en marge des données scripturaires sur ces questions. Bien au contraire, c’est à travers un habile agencement de versets bibliques que lui-même considère comme des témoignages de « documenta firmissima », qu’il arrive à réaliser sa promesse. Et spontanément, à un certain point, ses propos fort convaincants ont suscité des applaudissements de l’assemblée sidérée par son habileté dialectique. Saint Augustin est parti de la conviction selon laquelle le Père ne saurait rien faire sans Celui par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait. 14 Mais la question qui pourrait justement se poser est celle de savoir si le Père a tout créé par le son Fils au temps de la création et qu’aujourd’hui il ne gouverne pas le monde par lui. À une telle idée, l’évêque oppose l’attitude que doit avoir et la conviction que doit tenir un vrai croyant : « Que cette pensée s’éloigne du cœur des fidèles, qu’elle n’entre point dans l’esprit des hommes religieux, dans l’entendement des âmes pieuses. On ne saurait admettre que Dieu ait créé et ne gouverne point par son Fils. Comment ce qui a l’être serait-il dirigé sans lui, puisque c’est lui qui a donné cet être ? ».15 Il recourt alors à deux testimonia pour soutenir sa position : Tout d’abord il 14 Aug., s. 52, 4 (RB 74, 18) : « FacitaliquidPatersineFilio ? Respondemus : Non. Andubitatis ? quidenimfacitsineillo, perquemfactasuntomnia ? Omnia, inquit, peripsumfactasunt[Io.1, 3] : Etsatiateinculcanstardis, duris, litigiosis, addidit : Etsineipsofactumestnihil[Io.1, 3] ». 15 Ibid. 52, 5 (RB 74, 19) : « Absit. Recedathaeccogitatio afideliumcordibus, abigaturasensudeuotorum, abintellectupiorum. Fierinonpotest, utperipsumcreaueritetnonperipsumgubernet. Absit, utsineipsoregaturquodest, quandoperipsumfactumestut esset ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 64 rappelle Io. 1, 3 qu’il avait déjà cité : « Tout a été fait par lui et sans lui rien n’a été fait ». Non seulement tout a été fait par lui, mais aussi tout ce qu’il a fait est régi et gouverné par lui. Et pour démontrer cela il s’en appelle à Sg. 8, 1. C’est le Christ la Sagesse et Vertu de Dieu par qui il a fait toutes les créatures. Cette Sagesse, dit le verset sur lequel s’appuie le prédicateur, « atteint avec force d’une extrémité à l’autre et dispose tout avec douceur ». La Sagesse de Dieu, c’est-à-dire le Christ, dispose donc tout dans le temps présent avec douceur. Nous arrivons ainsi à une conclusion partielle de cet effort démonstratif de notre auteur qui dit aux fidèles : « Ainsi donc, gardons-nous d’en douter : Celui par qui tout a été fait, gouverne également tout, et conséquemment le Père ne fait rien sans le Fils ni le Fils sans le Père ».16 Le prédicateur repose alors la question qu’il se propose de traiter au nom du Seigneur et par sa volonté : « Si le Père ne fait rien sans le Fils, ni le Fils rien sans le Père, n’en devons-nous pas conclure que c’est le Père aussi qui est né de la Vierge Marie, le Père qui a souffert sous Ponce-Pilate, le Père qui est ressuscité et monté au ciel ? ».17 Puisque la foi véritable ne professe pas une telle erreur, la réponse à cette interrogation doit être nécessairement négative. Selon la foi catholique, seul le Fils est né de la Vierge Marie, lui seul a souffert la passion et est mort sous Ponce-Pilate. Et pour lever toute ombre de doute sur la distinction qu’il existe entre la Personne du Père et celle du Fils, le prédicateur a jugé bon de mettre les fidèles en garde contre les partisans de la confusion, les hérétiques qui disent que c’est la même Personne qui est le Père et le Fils : J’oubliais de remarquer qu’il est des hommes, peu intelligents, connus sous le nom de Patripassiens. Ils affirment que c’est le Père qui est né d’une femme et qui a souffert, que le Fils n’est autre chose que le Père ; deux noms, mais une seule personne. Or pour les empêcher de séduire qui que ce soit, pour qu’ils ne pussent contester que hors de son sein, l’Église catholique les a retranchés de la communion des fidèles.18 16 Ibid. : « Nonergodubitemusper ipsumregiomnia, perquemfactasuntomnia. NihilitaquePatersine Filio, nihilFiliussinePatrefacit». 17 Ibid. 52, 6 (RB 74, 19) : « Si nihil facit Pater sine Filio, et nihil Filius sine Patre; nonne quasi consequens erit ut et Patrem dicamus natum de virgine Maria, Patrem passum sub Pontio Pilato, Patrem resurrexisse et in coelum ascendisse? ». 18 Aug., s. 52, 6 (RB 74, 19) : « Excidit nobis, quosdam male intellegentes vocari Patripassianos, qui dicunt ipsum Patrem natum ex femina, ipsum Patrem passum, ipsum esse Patrem qui est Filius, duo esse nomina, non res IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 65 À ce point, Saint Augustin fait resurgir la problématique du propos en indiquant les objections que tout auditeur attentif pourrait soulever contre l’affirmation selon laquelle le Père ne fait rien sans le Fils ni le Fils sans le Père, tandis que seul le Fils est né, a souffert et est ressuscité sans que le Père ne soit lui aussi le sujet de ces événements. Cela semble à juste titre une contradiction. Il réitère alors le point focal de son enseignement : « Voici ce que je dis : Le Fils, et non le Père, est né de la Vierge Marie ; mais cette naissance est l’œuvre du Père et du Fils. Le Père n’a point enduré la passion, c’est le Fils ; mais cette passion est l’œuvre du Père et du Fils. Le Père n’est pas ressuscité, c’est le Fils ; mais la résurrection aussi est l’œuvre du Père et du Fils. Il semble donc que la question soit résolue ».19 Donc la Nativité, la Passion et la Résurrection sont l’œuvre du Père et du Fils quoi que ce soit seul le Fils qui les ait vécues dans la mission dans le temps. L’habile prédicateur ne veut pas se contenter de simples affirmations. Il intervient donc en sa qualité de maître rhéteur et veut suivre les procédures d’un procès judiciaire.20 Le tribunal est l’assemblée des fidèles, auditeurs de la duas. Et removit istos Ecclesia catholica a communione sanctorum, ne aliquem deciperent, ut separati litigarent ». L’évêque d’Hippone note dans son De haeresibus que tous les hérétiques qui professent la doctrine selon laquelle la même personne est le Père, le Fils et le Saint-Esprit sont une seule et même chose du fait de la doctrine erronée qui les unit. Ainsi, quand on entend, Noétiens, Sabelliens, Patripassiens, Praxéaniens, Hermogéniens, l’on doit retenir que ce ne sont donc pas plusieurs sectes, mais ce sont des noms différents donnés à une seule et même secte, en mémoire des hommes les plus célèbres qui en firent partie. À cet effet, il cite Philastre, évêque de Brixiane, auteur d’un traité sur les hérésies qui témoigne de l’exclusion de ces groupes de la communion de l’Église : « Sabellius, inquit, discipulus eius [Noeti], qui similitudinem sui doctoris itidem secutus est, unde et Sabelliani postea sunt appellati, qui et Patripassiani; et Praxeani a Praxea, et Hermogeniani ab Hermogene, qui fuerunt in Africa; qui et ita sentientes abiecti sunt ab Ecclesia catholica ». Aug. haer 41 (CCL 46, 308). 19 Ibid., 52, 8 (RB 74, 21) : « Hoc dico: Filius quidem, non Pater, natus est de virgine Maria; sed ipsam nativitatem Filii, non Patris, de virgine Maria, et Pater et Filius operatus est. Non est quidem passus Pater, sed Filius : passionem tamen Filii et Pater et Filius operatus est. Non resurrexit Pater, sed Filius : resurrectionem tamen Filii et Pater et Filius operatus est ». 20 Nous savons l’importance que revêtait l’exercice pour la défence des causes à l’école du rhéteur. Il y a différentes sortes de discours. Dans ce qui est d’ordre judiciaire, la “controverse” (controversia) est une plaidoirie pour ou contre une cause, dans un cas imaginaire mais bien précis, défini en fonction d’un texte de loi. On trouve à titre illustratif un exemple d’exercice scolastique commun à l’école du rhéteur chez Sénèque l’Ancien qui présente le cas d’une prêtresse prostituée : « On supposera une loi fixant qu’une prêtresse doit être chaste et pure, issue de parents chastes et purs. Une vierge, prise par des pirates, est vendue à un entrepreneur qui la livre à la prostitution. Aux clients qui se présentaient, elle demandait de lui payer son salaire tout en la respectant. Un soldat refuse de lui accorder cette grâce et veut lui faire violence : elle le tue. Accusée, elle est acquittée et rendue aux siens. Elle demande un sacerdoce. Plaider pour ou contre ». Cf. Sénèque le Rhéteur, Controverses, I, 2. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 66 prédication. Ils constituent en même temps les juges et l’évêque est l’avocat. Il fera son plaidoyer se servant du témoignage des livres saints et de façon éminente, il produira l’autorité de Saint Paul qu’il considère comme « idoneum iuris divini consultum ».21 Ainsi, il attribue le titre de Juriste22 ou d’expert en droit divin à Saint Paul dont il citera des passages dans son plaidoyer. Examinons donc les textes dont il se sert pour chacun des événements importants de la mission du Christ qu’il considère comme étant une œuvre du Père et du Fils. 1. 2. La naissance du Fils : œuvre du Père et du Fils La démonstration de la naissance du Fils comme l’œuvre du Père et du Fils se trouve dans le §9. C’est particulièrement à cet effet que le prédicateur s’appuie sur l’autorité de Saint Paul, l’habile docteur en droit divin. Il donne donc la parole à l’Apôtre : « Montrez-nous, saint Apôtre, comment la naissance du Fils est l’œuvre du Père ». S’en suit la citation scripturaire de l’Épître aux Galates : « Lorsqu’est venue la plénitude du temps, dit-il, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme, soumis à la loi, pour racheter ceux qui étaient sous la loi ». C’est Dieu le Père qui envoie et qui fait naître son Fils d’une vierge la plénitude du temps étant venue.23 L’évêque fait une petite parenthèse d’exégèse à ce point se servant de son habileté de grand rhéteur. Il venait de dire que le Père a envoyé le Fils en le 21 Aug., s. 52, 9 (RB 74, 22). 22 Sur l’attribution du titre d’expert en droit divin à l’Apôtre, il existe une brève étude Gustave Bardy sur la figure de Saint Paul Juriste chez Venance Fortunatus, chez Arnobe le Jeune et, avant ces deux auteurs, chez Saint Augustin et c’est précisément au paragraphe 9 de notre sermon que l’auteur fait référence. Cf. G. Bardy, Saint Paul Juriste, dans Recherches de Science Religieuse (1943), 209-210. Notons que le volume de cette parution de la revue n’est pas mentionné parce que manquant. Certainement cette année étant une année de guerre, la publication n’avait procédé de la façon normale. Sur la question des exercices scolastiques où l’usage de la rhétorique sert à aiguiser la capacité discursive et argumentative de l’élève sur divers aspects de la vie, cf. H.-I. Marrou, Histoire de l’éducation dans l’Antiquité, Éditions Seuil, Paris 1981 ; N. Cipriani, La retorica negli scrittori cristiani antichi, 15 ; B. Sans, Exercer l’invention ou (ré)inventer la controverse, dans Exercice de rhétorique 5 (2015) Rhétorique et citoyenneté. Édition électronique. http:// rhetorique.revues.org/404. 23 Cf. Aug., s. 52, 9 (RB 74, 22) : « Ostendat nobis sanctus Apostolus, quomodo nativitatem Filii Pater operatus sit. “Cum autem venit, inquit, plenitudo temporis, misit Deus Filium suum factum ex muliere, factum sub Lege, ut eos qui sub Lege erant redimeret”. Audistis, et quia planum et apertum est, intellexistis. Ecce Pater fecit Filium nasci de virgine. Cum enim venisset plenitudo temporis, misit Deus Filium suum, utique Pater Christum. Quomodo eum misit? Factum ex muliere, factum sub Lege. Fecit ergo eum Pater ex muliere sub Lege ». Nous lisons dans s. 213, 7 (MA 1, 446) que toute la Trinité a formé la chair du Fils: « Filius Verbum caro factum est, non Pater, non Spiritus Sanctus. Sed carnem Filii tota Trinitas fecit: inseparabilia enim sunt opera Trinitatis ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 67 formant d’une vierge. Mais le texte de l’Apôtre cité dit « d’une femme ». Il dit à l’auditoire qu’il sait attentif : « Êtes-vous surpris que j’aie dit : d’une vierge, et que Paul dise : d’une femme ? Ne vous en étonnez point, ne nous arrêtons pas à cela ; je ne parle pas à des ignorants. L’Écriture emploie les deux expressions ; elle dit : d’une vierge, et : d’une femme. D’une vierge : “Voici qu’une, Vierge concevra et enfantera un Fils”. D’une femme ; vous venez de l’entendre ». Le prédicateur apporte deux témoins pour prouver qu’il n’y a pas de contradiction dans l’usage des deux expressions. Nous l’avons déjà noté que Saint Augustin, à travers différentes expressions dont il se sert dans ce sermon semble organiser la démonstration de son propos quasi comme dans un procès judiciaire. Par conséquent, il garde à l’esprit certaines règles de base de la procédure judiciaire dans son argumentation. C’est typiquement, pourrait-on dire, le cas des status legales (états légaux)24 qui se présente ici, et entrant dans les particuliers on distinguera le status scripti et voluntatis (l’état de la lettre et de la volonté)que le prédicateur utilise pour montrer qu’il ne peut pas y avoir contraction dans le texte sacré. Généralement, cet étattente de déterminer l’application d’une loi en invoquant son contenu explicite ou l’intention implicite du législateur. C’est sans doute à cette procédure que Saint Augustin se réfère en faisant appel au sens du mot « femme » dans la langue hébraïque. Il rappelle alors que « la langue hébraïque appelle femmes, non pas celles qui ont perdu leur virginité, mais toutes les personnes du sexe ».25 Il fait suivre immédiatement les testimonia bibliques : « La Genèse en 24 Nous renvoyons au texte de N. Cipriani, La retorica negli scrittori cristiani antichi, 26-29. 25 Aug., s. 52, 10 (RB 74, 22) : « Proprietas enim locutionis hebraeae “mulieres”, non corruptas virginitate, sed feminas appellat ». Cf. s. 186, 3 : (PL 38, 1000) : « Item si ille qui est Dei Filius, non est ipse factus filius hominis, quomodo misit Deus Filium suum factum ex muliere ? Quo nomine secundum hebraeam linguam non virgineum decus negatur, sed femineus sexus ostenditur ». La référence à la langue hébraïque dans ce passage pourrait suggérer que l’évêque a connu une version hébraïque de la Bible, quoique sa connaissance de cette langue ne soit pas des meilleures pour ne pas dire qu’elle est peut-être nulle. Mais faut noter qu’il lui arrive de faire référence la version hébraïque de la Bible en la comparant à celle des LXX pour affirmer par exemple qu’ils ne se contredisent pas. C’est le cas par exemple dans civ. XVIII, 44 concernant les versions des deux Bibles sur l’annonce de Jonas à Ninive. Saint Augustin concilie les deux positions mais opte pour la version hébraïque : « Sed ait aliquis : Quomodo sciam quid Ionas propheta dixerit Ninivitis, utrum : Triduum, et Ninive evertetur, an: Quadraginta dies? Quis enim non videat non potuisse utrumque tunc dici a Propheta, qui missus fuerat terrere comminatione imminentis exitii civitatem ? Cui si tertio die fuerat futurus interitus, non utique quadragesimo die ; si autem quadragesimo, non utique tertio. Si ergo a me quaeritur, quid horum Ionas dixerit, hoc puto potius quod legitur in hebraeo: Quadraginta dies, et Ninive evertetur. Septuaginta quippe longe posterius interpretati aliud dicere potuerunt, quod tamen ad rem pertineret et in unum eumdemque sensum, quamvis sub altera significatione, concurreret, admoneretque lectorem utraque auctoritate non spreta ab historia sese attollere ad ea requirenda, propter quae significanda historia ipsa conscripta est. Gesta sunt quippe illa in Ninive civitate, sed aliquid etiam significaverunt, quod modum illius civitatis excedat; sicut gestum est, quod ipse propheta in ventre ceti triduo fuit, et tamen alium significavit in profundo inferni triduo futurum, qui Dominus est omnium Prophetarum ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 68 présente un exemple frappant, au moment même de la création d’Ève : de cette côte, dit- elle, “Dieu forma la femme” (Gen. 2, 22).Ailleurs encore l’Écriture rappelle que Dieu ordonna de séparer les femmes qui n’avaient point connu d’homme (Nb. 31, 17-18, Jg. 21, 11) ».26 Le prédicateur n’a pas l’intention de s’attarder sur cette question car il sait qu’il n’a pas à faire à des ignorants.27 Il faut qu’il s’occupe des points difficiles de la doctrine qu’il veut enseigner. Il démontrera à présent que la naissance du Fils est aussi l’œuvre du Fils. Saint Augustin repart se basant encore sur l’autorité de Saint Paul. Selon lui, dire que le Fils est né de la Vierge signifie que dans le sein de cette Vierge, il a pris la nature de serviteur. C’est tout simplement cela la naissance du Fils. Mais en est-il l’auteur comme le Père ?Le prédicateur répond en citant Phil. 2, 6-7 : « Mais le Fils en est l’auteur comme le Père ; écoutez : « Il avait la nature de Dieu, dit l’Apôtre, et il ne croyait pas usurper en s’égarant à Dieu ; mais il s’est anéanti lui-même en prenant la nature de serviteur ». L’abaissement du Fils qui fait qu’il ne s’égale pas au Père mais s’est anéanti pour assumer la nature humaine, est la preuve que sa naissance est aussi son œuvre. Saint Augustin récapitule alors pour montrer qu’il a déjà fait la lumière sur les deux facettes de la question faisant encore appel à Saint Paul dans Rom. 1, 3 : « “Lorsqu’est venue la plénitude du temps, Dieu a envoyé son Fils, formé d’une femme ; son Fils qui lui est né selon la chair, de la race de David ” Voilà la naissance du Fils produite par le Père ; mais comme le Fils “s’est anéanti lui- même en prenant la nature de serviteur” sa naissance est aussi son œuvre. La preuve est faite, passons, appliquez-vous à ce qui suit ».28 Ainsi a-t-il démontré que le Père et le Fils ont réalisé la naissance du Fils dans le temps. On connait les bonnes recommandations de Saint Augustin sur l’importance de la connaissance des langues bibliques présentes dans doctr. chr. II, 16 (SIMONETTI, 94) : « EtLatinaequidemlinguaehomines, quos nuncinstruendossuscepimus, duabusaliisadscripturarumdiuinarum cognitionemopushabent, HebraeascilicetetGraeca, utadexemplariapraecedentiarecurratur, siquamdubitationem attuleritLatinoruminterpretuminfinitauarietas». Il n’y a néanmoins aucun doute sur le fait que sa connaissance du grec n’est très grande comme il le témoigne. Mais on ne saurait soutenir qu’il est en ignorant puisqu’il l’utilise souvent pour apporter des éclaircissements importants dans différents écrits.Sur la connaissance augustinienne de la Bible hébraïque, cf. A.-M. Labonnardière, Did Augustine Use Jerome’s Vulgate ? dans P. Bright (éd.), Augustine and the Bible, University of Notre Dame Press, Notre Dame (Indiana), 1999, 42-51 ; Y.-M. Duval, Saint Augustin et le Commentaire sur Jonas de saint Jérôme, dans REAug 12/1 (1966), 9-40. 26 Aug., s. 52, 10 (RB 74, 22-23) : « Habes evidentem Scripturam Geneseos, quando ipsa primo Eva facta est : Formavit eam in mulierem. Dicit etiam alio loco Scriptura, iubere Deum separari mulieres, quae non cognoverunt cubile viri. » 27 Ibid., « Non moveat, non immoremur : neque enim rudibus loquor ». 28 Aug. s. 52, 11 (RB 74, 23) : « “Cum venit plenitudo temporis, misit Deus Filium suum factum ex muliere ; qui factus est ei ex semine David secundum carnem” : videmus ergo nativitatem Filii a Patre factam ; sed quia ipse IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 69 1. 3. La passion du Fils : œuvre du Père et du Fils La procédure pour démontrer que la passion du Fils est l’œuvre du Père et du Fils est la même que celle utilisée ci-dessus. Toujours l’autorité de Saint Paul entre en jeu. Saint Augustin cite Rom. 8, 32 et Gal. 2, 20. Le premier passage sert à montrer que la Passion du Fils est l’œuvre du Père car on y lit : « Il n’a point épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous ». C’est donc le Père qui livre son Fils. Mais cela ne signifie pas que le Fils ait subi la tyrannie du Père qui a voulu le livrer. Il s’est livré lui-même et c’est ce que dit l’Apôtre dans l’Épître aux Galates que cite le prédicateur : « Il m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi ». On retrouve l’idée selon laquelle c’est le Fils qui s’est livré lui-même dans le s. 53, 16 sur les Béatitudes : « Il dépendait de lui de mourir, ou de ne pas mourir, et ce n’est pas sans raison qu’il a choisi ce genre de mort. S’il pouvait mourir ou se préserver de la mort, ne pouvait-il pas aussi mourir d’une manière ou de l’autre ? Non, ce n’est pas sans motif qu’il a préféré expirer sur la croix pour t’y crucifier à ce monde ».29 Apportons une précision sur le sens de ce sacrifice du Christ pour notre salut. Selon Saint Augustin, le Fils se livre pour faire la volonté du Père, pour réaliser le projet d’amour de la Trinité et non pour payer une rançon au diable. Il existe une certaine manière de comprendre la pensée augustinienne sur le sacrifice du Christ qui semble lui prêter une théologie quasiment païenne de la Rédemption, voulant faire croire que chez l’évêque d’Hippone, le sacrifice du Christ n’est qu’un aspect secondaire de l’œuvre du salut, conçue comme un rachat de l’humanité de l’empire totalitaire du démon par le moyen de l’humanité du Seigneur livrée en rançon au diable pour notre délivrance.30 En effet, H. Gallerand retient que la Rédemption, selon Saint Augustin « désigne le paiement d’une rançon au diable » qui n’est « dépossédé que pour s’être rendu coupable d’un abus Filius “semetipsum exinanivit, formam servi accipiens”,videmus nativitatem Filii et ab ipso Filio factam. Probatum est hoc ; transeamus hinc : intenti aliud accipite, quod ex ordine sequitur ». Cf. s. 5, 3 (CCL 41, 52) : « At ubi uidit completas in se omnes scripturas, ut etiam acetum illi darent, “perfectum est”, ait, “et inclinauit” “caput, et dimisit spiritum [Io. 19, 30]”, quasi ad hoc staret ut impleretur. Cum uellet ergo, animam suam posuit » ; s. 223C, 1 = s. Guelfer. 6, (MA 1, 460) ; s. 232, 5 (PL 38, 1461-1463). 29 Id., s. 53, 16 (RB 104, 32) : « Nonenimfrustratalemmortemelegit, incuiuspotestate eratuelmoriuelnonmori. siinpotestateeratmorietnonmori, quare noninpotestatesicuelsicmori? nonfrustraergocrucemelegit, ubite huicmundocrucifigeret ». 30 Cf. H. Gallerand, La rédemption dans Saint Augustin, dans Revue d’Histoire et de Littérature Religieuse 8 (1922), 38-77. Cet auteur s’appui sur un certain nombre de textes de Saint Augustin (en. Ps. 95, 5 (CCL 39, 1346), en.Ps. 125, 1 ; en.Ps. 88, s. 1, 11 (CCL 40, 1844-1845 et 39, 1229) ; s. 27, 2 (CCL 41, 361) ; s. 265D, 4 = s.Morin 17, 4 (MA 1, 661), pour soutenir que selon l’évêque d’Hippone, le diable aurait régné sur un empire opposé à celui de Dieu, de façon quasi-manichéenne. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 70 de pouvoir ».31Cet auteur soutient par ailleurs que d’après Saint Augustin, « Dieu a provoqué l’abus commis par le tyran… Pour le provoquer, il a employé un moyen qu’autorise l’état de guerre, il a recours à la ruse… Il a tendu une souricière au diable, il l’a berné ».32Voilà pourquoi, à en croire Gallerand, l’incarnation du Fils et la mission de mourir qu’il tient de son Père « font partie du plan conçu par Dieu d’amener par ruse le diable à empiéter sur ses propres droits… En envoyant dans le monde son Fils fait homme, Dieu lui ordonna de mourir, d’amener le diable à prendre sa vie corporelle comme rançon du genre humain ».33 Mais s’il la pouvait « prendre », le diable ne put la garder. Et c’est ainsi que le rachat de l’humanité au démon se terminerait, chez Saint Augustin, par une grossière escroquerie.34 Toute analyse faite, cette hypothèse selon laquelle le diable est amené, « par la ruse » à « prendre » la vie du Christ semble ouvertement contredire l’Évangile lui- même où le Christ dit « Nul ne peut me l’enlever : je la donne de moi-même. J’ai le pouvoir de la donner, j’ai aussi le pouvoir de la recevoir de nouveau : voilà le commandement que j’ai reçu de mon Père » (Io. 10, 18). Saint Augustin lui-même affirme exactement le contraire de l’idée qu’on lui prête ici. Il dit dans le s. 265/D, 4 (s.Morin 17, 4) : « Ecce veniet princeps mundi, et in me nihil inveniet. Et quasi diceremus :Quare ergo moreris? respondit: Sed ut sciant, inquit, omnes quia voluntatem Patris mei facio, surgite, eamus hinc, adpassionem, propter voluntatem boni Patris, non propter debitum mali principis ».35 Le Christ fait la volonté du Père bon. Il ne paie pas de dette au prince du mal contrairement à l’hypothèse de H. Gallerand et de tous ceux qui suivent sa ligne de pensée. L’observation de J. Rivière nous semble pertinente quand dit que l’étude de Gallerand, représente, à n’en pas douter, l’effort le plus méthodique, sinon le plus heureux, qui ait été fait jusqu’ici pour établir un système qu’on se contente, en général, de prêter à Saint Augustin comme une sorte d’axiome qui n’aurait pas besoin de démonstration. Et cette circonstance devrait bien montrer aux moins clairvoyants l’intérêt supérieur d’une discussion qui dépasse le cas d’H. Gallerand pour atteindre la critique elle-même en une de ces positions en apparence les 31 H. Gallerand, La rédemption dans Saint Augustin, 44-45. 32 Ibid., 45. 33 Ibid., 63 ; 75. 34 Cf. J. Turmel, Histoire des dogmes I, 378-379, Paris, 1931. J. Turmel est le pseudonyme du même auteur H. Gallerand. 35 s. 265D, 4 = s. Morin 17, 4 (MA 1, 659-664) IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 71 plus fortes, de même que c’est toute la tradition de l’Église qui est ici en cause dans la personne du plus notable de ses représentants.36 Pas plus qu’un rachat des hommes à Satan, il ne s’agit pas pour Saint Augustin de présenter la Rédemption comme le paiement d’une dette ou d’une rançon au démon. S’il prend l’image biblique de la rançon (cf. Mt. 20, 28 ; Mc. 10, 45 ; 1Tim. 2, 6), il ne dit jamais qu’elle a été versée au diable. Si par contre il emploie la métaphore du décret retenu par Satan en notre défaveur et s’il reprend le terme « chirograpum » à Col. 2, 14, il faut remarquer que jamais il ne s’attarde à détailler la portée de cette métaphore.37 Il ne l’emploie pratiquement qu’en incise au cours de ses descriptions de l’œuvre de libération accomplie par le Christ : « La caution de notre péché était retenue, le diable tenait contre nous le décret ; il possédait ceux qu’il avait déçus ; il avait ceux qu’il avait vaincus. Nous étions tous débiteurs, et nous naissons avec la dette héréditaire ».38 Selon E. Aumônier,39 en disant cela, l’évêque d’Hippone n’entendait pas dire que le diable ait réussi à établir lui- 36 J. Rivière, Le dogme de la Rédemption chez Saint Augustin, Gabalda et C ie , Paris 1933, 105. Notons que dans cet ouvrage décidément polémique, l’auteur démontre contre Turmel que si Saint Augustin introduit sans conteste la pensée du démon dans les finalités du plan providentiel, c’est à titre secondaire, le sacrifice ayant pour but principal la rémission des péchés et la réconciliation de l’homme avec Dieu et ne constituant nullement un grossier marché entre Dieu et le diable pour le rachat des pécheurs. C’est la même position que l’on trouve dans la recente thèse de A. Bizzozero qui dit : « Non corrisponde al pensiero di Agostino l’idea di vero e proprio tributo pagato da Dio al diavolo per ottenere la liberazione dell’uomo ». Id., Il mistero pasquale di Gesù Cristo e l’esistenza credente, 146. 37 Cf. Aug., en. Ps. 67, 30 (CCL 39, 891) : « Sed propter humilitatis et patientiae documentum, et sanguine suo delendum nostrorum chirographum peccatorum, etiam suum esse voluit exitum mortis, ne mortem timeremus istam, sed illam potius unde nos liberavit per istam » ; en. Ps. 88, 1, 11 (CCL 39, 1227-1228) : « Humiliasti te, et humiliatus est superbus. Superbus enim per superbiam superbos tenebat : humiliatus est magnus, credens autem in eum factus est parvus. Dum nutritur parvus exemplo magni facti parvi, perdidit quod tenebat diabolus ; quia superbus nonnisi superbos tenebat. Dato tanto humilitatis exemplo, didicerunt homines damnare superbiam suam, imitari humilitatem Dei. Ita ergo ille perdendo quos tenebat, etiam ipse humiliatus est; non correctus, sed prostratus. “Tu humiliasti sicut vulneratum superbum”.Humiliatus es, et humiliasti; vulneratus es, et vulnerasti: neque enim eum non vulneraret sanguis tuus, qui fusus est ut deleret chirographum peccatorum. Unde enim superbiebat, nisi quia cautionem contra nos tenebat? Hanc tu cautionem, hoc chirographum tuo sanguine delevisti ». ; en. Ps. 103, 4, 8 (CCL 40, 1528) : « Ut autem sit mediator, descendat a superiore ad inferiorem, ab aequalitate Patris; faciat quod ait Apostolus: “Semetipsum exinanivit formam servi accipiens, in similitudine hominum factus, et habitu inventus ut homo”. Fundat sanguinem suum, deleat chirographum nostrum, componat inter nos et Deum; nostram voluntatem corrigens ad iustitiam, illius sententiam flectens ad misericordiam ». ; en. Ps. 149, 9 (CCL 40, 2183) : « Quid tam beneficum, quam mori pro impiis? quid tam beneficum, quam sanguine iusto delere chirographum peccatoris?» 38 Aug., s. 229/E, 2 = s. Guelf. 9, 2 (MA I, 468) : « Tenebatur cautio nostrorum peccatorum, tenebat contra nos chirographum diabolus; possidebat quos deceperat, habebat quos vicerat. Debitores omnes eramus, cum debito hereditario omnes nascuntur ; fusus est sanguis sine peccato, et delevit cautionem de peccato ». 39 E. Aumônier, La passion du Christ dans la prédication de Saint Augustin, 69. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 72 même un décret de condamnation après notre péché ; il en est simplement le gardien, et l’action du Christ qui nous libère effacera automatiquement le décret. Cette parenthèse nous a permis de montrer que si le Père livre le Fils et le Fils se livre lui-même, et que pour cela la passion du Fils est l’œuvre des deux, cela ne signifie pas pour autant que cette passion servait à payer une rançon à Satan. Notre Rédemption par la passion du Christ rentre dans le plan salvifique du Dieu trine et un qui par amour, veut sauver l’homme. Nous pouvons, à ce point, passer à la résurrection du Fils comme œuvre du Père et du Fils 1. 3. La résurrection du Fils: œuvre du Père et du Fils Ayant élucidé les deux premières questions sur la naissance et la passion du Fils qui sont à la fois l’œuvre du Père et celle du Fils lui-même, l’évêque aborde le dernier tournant de sa démonstration qui concerne le troisième événement significatif qui implique les deux Personnes du Père et du Fils selon l’hypothèse du départ. Il fait encore appel à l’habile docteur en droit divin qui offre le témoignage nécessaire dans la procédure en cours. C’est le Fils et non le Père qui ressuscite, mais la résurrection du Fils est l’œuvre de Père et du Fils. Le prédicateur fournit le témoignage paulinien dans Phil. 2, 9 pour montrer qu’elle est l’œuvre du Père : « L’œuvre du Père : “C’est pourquoi il l’a exalté et lui a donné un nom qui est au-dessus de tout nom”. En exaltant son Fils et en le tirant d’entre les morts, le Père l’a donc ressuscité ».40 Puis il fait recours à l’Évangile selon Jean (Io. 2, 19 ; 10, 18) pour démontrer que le Fils s’est ressuscité : Il a dit de son corps, en style figuré : « Renversez ce temple, et je le relèverai en trois jours. » Autre preuve : Si la passion consiste à donner son âme, la résurrection consiste à la reprendre. Voyons donc si le Fils a bien pu donner son âme et s’il a fallu que le Père la lui rendit. Il est certain que le Père la lui a rendue, car il est dit dans un psaume : « Ressuscitez-moi et je les châtierai ». Mais pourquoi attendez-vous que nous vous montrions le Fils la reprenant de son côté ? N’a-t-il pas dit lui-même : « J’ai le pouvoir de donner mon âme ? ... »41 40 Aug., s. 52, 13 (RB 74, 24) : « OpereturPaterresurrectionem Filii : propterhocenimexaltauiteumamortuis, etdonauiteinomen, quodestsuperomnenomen[Phil. 2, 9]. ResuscitauitergoPaterFiliumexaltando eumetexcitandoeumamortuis ». 41 Ibid., :« Infiguramsuicorporisdetemplodixit : soluitetemplumhoc, etintriduoresuscitaboillud[Io. 2, 19].postremo, sicutad passionempertinetanimamponere, sicadresurrectionemanimam iterumsumere, uideamussiFiliusquidemanimamsuamposuit, et eianimamsuampaterreddidit, nonipsesibi. Paterenimquiareddidit, IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 73 C’est ici le premier point culminant de l’effet de l’habilité discursive de notre prédicateur. L’auditoire attentif n’attend pas la fin de la démonstration avant d’éclater en applaudissements. Et cela atteste que l’assemblée devance le prédicateur dans la suite des idées qu’il est en train de développer et saisit déjà le propos. Et l’évêque l’observe en faisant même l’éloge de son troupeau pour l’écoute attentive de la Parole. Il les félicite d’être de bons disciples de l’Unique Maître : Mais ce n’est pas encore ce que je vous ai promis ; j’ai dit seulement : « Le pouvoir de la donner » et vous applaudissez, parce que vous devancez mes paroles. Formés à l’école du Maître du ciel, vous écoutez attentivement ses leçons, vous les reproduisez avec piété ; aussi vous n’ignorez pas ce qui suit : « J’ai le pouvoir, dit-il, de donner mon âme, et j’ai le pouvoir de la reprendre. Personne ne me la ravit ; mais je la donne et la reprends de moi-même ».42 À ce point Saint Augustin récapitule avec satisfaction en résumant tout son propos avec une expertise didactique de pointe dans l’exhortation suivante : Je répète en peu de mots et je vous recommande de conserver dans vos esprits une vérité que je crois fort importante. Le Père n’est pas né de la Vierge, c’est le Fils ; mais cette naissance est l’œuvre du Père et du Fils. Le Père n’a point souffert sur la croix ; mais la passion du Fils est l’œuvre du Père et du Fils. Le Père n’est point ressuscité d’entre les morts ; mais la résurrection du Fils est l’œuvre du Père et du Fils. Gardons-nous donc de dire que le Père fait quelque chose sans le Fils ou le Fils quelque chose sans le Père. Demanderez-vous si parmi ses miracles Jésus n’en a pas fait quelques-uns sans le Père ? Eh ! que deviendraient alors ces mots : « Mon Père, qui demeure en moi, fait lui- même mes œuvres ? » Ce que nous venons de dire était clair, il n’y avait manifestumest : indeenimPsalmusdicit : etsuscitame, etreddam illis[Ps. 40, 11]. SedquiaetFiliusanimamsuamsibireddidit, quidanobisexspectatis? ipsedicat: potestatemhabeoponendianimammeam[Io. 10, 18] ». 42 Ibid., s. 52,13 (RB 74, 24-25) : « Nondum dixiquodpromisi, ponendi[Io. 10, 18]dixi; sediamclamastis, quiapraeuolatis. Eruditiquippeinscholamagistricaelestis, tamquamlectionesintente audientes, pie reddentes, quid sequatur non ignoratis: "potestatem", inquit, "habeo ponendi animam meam, et potestatem habeo iterum sumendi" "eam. nemo tollit eam a me, sed ego pono eam a me, et iterum sumo eam [Io. 10, 18] ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 74 qu’à l’énoncer ; aucun effort n’était nécessaire pour le comprendre, il suffisait de le rappeler.43 C’est à ce point que l’évêque d’Hippone termine son exposé et la résolution des questions que les fratres studiosissimi avaient le désir de voir l’évêque résoudre. Dans cetarticle, nous avons exploréle sermon 5 pour découvrir comment notre auteur explique aux fidèles l’inséparabilité du Père et du Fils dans leur agir dans l’histoire, spécialement dans les différents événements qui ont marqué la mission du Fils. Sur la base de testimonia bibliques, et non sur quelque raisonnement emprunté à la philosophie néoplatonicienne, Saint Augustin a montré que dans les œuvres accomplies par le Christ pour notre salut, il agit avec le Père. Mais en tout, c’est aussi toute la Trinité qui agit. Il faut alors montrer comment le Saint- Esprit agit avec les deux autres Personnes dans la Mission du Fils. 2. Le Saint-Esprit dans la mission salvifique du Christ. Dans le schéma argumentatif de Saint Augustin analysé jusqu’ici, l’on ne trouve pas le Saint-Esprit agissant avec les deux autres Personnes dans les opérations ad extra et pour rester sur thème de notre recherche, dans la mission du Fils. Certainement les références bibliques nécessaires ne manquaient pas pour démontrer que le Saint-Esprit a coopéré à l’Incarnation du Fils. Il le dit clairement d’ailleurs dans le s. 225, où il avertit les fidèles de se garder de l’erreur qui consiste à séparer le Saint-Esprit des œuvres qu’accomplit la Trinité dans le monde, et souligne avec l’appui de l’évangile de l’Annonciation et du témoignage d’un texte du livre des Proverbes, que le Christ est aussi l’auteur de son incarnation avec le Saint-Esprit : Garde-toi, mon frère, de ne pas associer à cette œuvre immense de l’Incarnation, l’Esprit-Saint. Quelle œuvre immense en effet ! … Les anges adorent la chair du Christ siégeant à la droite du Père ; et cette chair est surtout l’œuvre du Saint-Esprit ; c’est lui qui figure pour en 43 Ibid., s. 52, 14 (RB 74, 25) : « Breviter replico, et rem utilissimam, quantum existimo, mentibus vestris collocandam commendo. Pater non est natus de virgine : nativitatem tamen istam Filii et Pater et Filius operatus est ex virgine. Pater non est passus in cruce : passionem tamen Filii et Pater et Filius operatus est. Non resurrexit Pater a mortuis : resurrectionem tamen Filii et Pater et Filius operatus est. Habetis personarum distinctionem, et operationis inseparabilitatem. Non ergo dicamus aliquid Patrem operari sine Filio, aliquid Filium sine Patre. An forte miracula quae fecit Iesus, movent vos, ne forte aliqua ipse fecerit, quae non fecit Pater ? Et ubi est : Pater autem in me manens, ipse facit opera sua ? Haec quae diximus plana erant, tantum dicenda erant : non laborandum ut intellegerentur, sed curandum ut commemorarentur ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 75 être l’auteur lorsqu’un ange annonça à la sainte Vierge qu’elle allait avoir un fils… La preuve de son dessein est donc dans ces paroles d’étonnement : « Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas mon mari ? – Comment cela se fera-t-il ? » – « L’Esprit-Saint descendra en vous », répliqua l’ange ; voilà comment s’accomplira cette œuvre ; « et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre ; aussi ce qui naîtra saint de vous, sera appelé le Fils de Dieu». Que cette expression est juste : « Vous couvrira de son ombre ». C’est pour détourner de votre virginité l’ardeur de la passion. D’elle aussi il fut dit, pendant qu’elle était enceinte : « Il se trouva que Marie avait conçu par l’Esprit-Saint ».Le Saint-Esprit a donc formé réellement le corps du Christ. Le Christ, le Fils unique de Dieu l’a formé également. Comment le prouver ? C’est qu’il est dit à ce sujet dans l’Écriture : « La Sagesse s’est bâti une demeure ».44 Nous trouvons aussi dans les sermons des textes où le saint Docteur affirme, on ne peut plus clairement, que le Père, le Fils et Saint-Esprit font tout ensemble. Ainsi dans le s. 126 dont la date est située dans la fourchette d’années après 409 et avant 418,45 Saint Augustin dit au peuple : Les œuvres du Père ne sont pas autres que celles du Fils ; car tout ce que fait le Père, il le fait par le Fils. Le Fils a ressuscité Lazare. Le Père ne l’a-t-il pas en même temps ressuscité ? Le Fils a guéri l’aveugle-né ; le Père ne l’a-t-il pas guéri avec lui ? Le Père agit par le Fils dans le Saint-Esprit ; c’est une Trinité de personnes, mais il n’y a qu’une seule action ; c’est la même majesté, la même éternité et la même coéternité, 44 Ibid., 225, 3 (PL 38, 1096) : « Noli, frater, ab isto tanto opere separare Spiritum Sanctum. A quo tanto opere? Non parvum opus, magnum opus sunt Angeli: carnem Christi sedentem ad dexteram Patris adorant Angeli. Tale ergo opus operatus est maxime Spiritus Sanctus. In isto opere cognominatus est, quando sanctae Virgini per angelum futurus nuntiatus est Filius. Illa admiratio, propositi est testificatio: Quomodo fiet istud, quoniam virum non cognosco? Quomodo fiet? Et angelus ad eam: Spiritus Sanctus superveniet in te. Ecce quomodo fiet quod quaeris: Et virtus Altissimi obumbrabit tibi. “Ideoque quod nascetur ex te Sanctum, vocabitur Filius Dei.ˮ Et bene dixit : “Obumbrabit tib i: ne tua virginitas aestum libidinis sentiat. Et cum praegnans esset, dictum est de illa : Inventa est Maria habens de Spiritu Sancto in uteroˮ. Operatus est ergo Spiritus Sanctus carnem Christi. Operatus est et ipse unigenitus Filius Dei carnem suam. Unde probamus ? Quia inde ait Scriptura : Sapientia aedificavit sibi domum ». 45 Cf. P.-P. Verbraken, Études critiques sur les sermones de authentiques de Saint Augustin, Instrumenta Patristica XII Steenbrugge: In abbatia S. Petri, 1976, 84. Notons que Ch. Mohrmann, pourrait aussi être classée dans ce groupe de chercheurs malgré l’incertitude qu’elle montre par rapport à l’année 417. Elle suggère en effet 416 ou 417. Berrouard quant à lui le situe avant 418. En somme, toujours dans la fourchette de date qui rime bien avec la date généralement acceptée. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 76 ce sont les mêmes œuvres. Il n’y a pas des hommes créés par le Père, ni d’autres par le Fils, ni d’autres par l’Esprit-Saint ; le même homme est créé par le Père, le Fils et le Saint-Esprit ; le Père, le Fils et l’Esprit-Saint ne sont qu’un seul et même Dieu créateur.46 L’évêque d’Hippone ne relègue donc pas le Saint-Esprit à l’arrière-plan.47 Si l’on ne traite pas les textes disponibles de façon isolée, son enseignement se saisit tout entier. En effet, selon lui, il n’y a jamais eu de séparation entre les trois personnes dans le temps ; car le temps n’est point en eux. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit sont un même Dieu qui a créé le temps. On retrouve cette conviction du prédicateur d’Hippone dans son s. 308/A où il exprime aussi avec force l’idée de la coéternité des Trois : … Car jamais le Saint-Esprit n’a été séparé du Fils, non plus que le Fils du Saint-Esprit, ni le Fils du Père, ou le Père du Fils, ou le Saint-Esprit du Fils ou du Père. Mais une chose est que ces réalités soient comprises par une âme purifiée, leur manifestation visible en est une autre. Il n’y a pas eu un temps où le Père a précédé le Fils, ni un temps où le Fils vient après le Père ; car en Dieu le temps n’existe point. Le Père, le Fils, le Saint-Esprit sont un même Dieu qui a créé le temps. Il n’y a donc point lieu de dire : Le Père est le premier, le Fils le second. D’où vient le Père, de là aussi vient le Fils.48 46 Aug., s. 126, 10 (RB 69 (1959), 188) : « Non alia Pater facit, alia Filius facit, quia omnia quae Pater facit, per Filium facit. Suscitavit Lazarum Filius, numquid eum Pater non suscitavit ? Illuminavit Filius caecum, numquid Pater non illuminavit ? Illuminavit Pater per Filium in Spiritu Sancto. Trinitas est, sed una operatio, una maiestas, una aeternitas, una coaeternitas, et opera eadem Trinitatis. Non alios homines creat Pater, alios Filius, alios Spiritus Sanctus. Unum eumdemque hominem et Pater et Filius et Spiritus Sanctus creat. Et Pater et Filius et Spiritus Sanctus unus Deus creat ». 47 C’est ce qu’affirme avec force E. Dryer en disant que dans la théologie et l’ecclésiologie de Saint Augustin “the Spirit has not been relegated to a place in the wings, but is an existential force in the life of the individual believer and of the ecclesial community. Augustine sees the Spirit as a force, leading believers to full and mature knowledge of the things of God. The Spirit also calls and empowers the Church to the very difficult task of living in unity, loving, and forgiving one another”. E. Dryer, Spirituality as a resource for Theology : The Holy Spirit in Augustine, dans Ead., Minding the Spirit, The John Hopkins University Press, Baltimore 2005, 193. 48 Aug., s. 308/A, 4 = s.Denis 11, 4 (MA 1, 43-50) : « Non enim a Filio aliquando recessit Spiritus, aut aliquando Filius ab Spiritu, aut aliquando Filius a Patre, aut Pater a Filio, aut Spiritus a Filio et Patre ; sed aliter ista intelleguntur mente purgata, aliter oculis demonstrantur. Nullo tempore praecedit Pater Filium, nullo tempore sequitur Filius Patrem; nullo tempore, quia ibi nullum tempus. Pater et Filius et Spiritus Sanctus, creator temporum, unus Deus. Ibi ergo non est ut dicas : Prior est Pater, posterior Filius ; ex quo Pater, ex illo Filius ». La traduction française que nous avons utilisée a omis : « sed aliter ista intelleguntur mente purgata, aliter oculis demonstrantur ». Nous avons donc apporté notre propre traduction à cette portion du travail. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 77 S’agissant concrètement de la création, Saint Augustin commentant le texte de la Genèse dans s. Denis 2 (= 223/A) daté en 399, met en relief le fait que les trois Personnes ont agi ensemble dans la création du monde. Le Saint-Esprit est lui aussi clairement indiqué dans le processus qui porta à la révélation de la beauté de la création. Sans faire mention de lui, le prédicateur n’aurait pas réussi à montrer la Trinité créatrice. Il dit : Mais Dieu avait déjà fait la terre avant de l’orner, avant d’en découvrir la beauté. « Elle était invisible, sans ordre, et les ténèbres couvraient l’abîme ». Les ténèbres couvraient ce que n’éclairait pas la lumière ; or, la lumière n’était point encore. « L’Esprit de Dieu était porté sur les eaux » ; cet ouvrier n’était point séparé du Père, et du Verbe, son Fils unique. Car, écoutons, voilà qu’on nous insinue la Trinité nous dire en effet : « Il fit dans le commencement », c’est nous faire comprendre l’essence du Père et du Fils, Dieu le Père, dans le Fils commencement. Il reste l’Esprit-Saint pour compléter la Trinité : « L’Esprit de Dieu était porté sur les eaux ».49 Mais ce n’est pas seulement dans les sermons que l’évêque d’Hippone enseigne la vérité fondamentale de l’unité d’action et de l’inséparabilité de la Trinité. Dans le contexte de sa pastorale, nous retrouvons la même conviction clairement exprimée dans la lettre qu’il envoya à Évode en 415. Il indique l’idée de l’inséparabilité des actions du Dieu un et trine : Croyons donc avec une piété ferme, en un seul Dieu, Père, Fils et Saint- Esprit, sans croire que le Fils soit le Père, que le Père soit le Fils, et que celui qui est l’Esprit de l’un et de l’autre, soit le Père ou le Fils. Écartons de cette Trinité toute idée de temps ni de lieux ; mais reconnaissons que ces trois personnes sont égales et coéternelles et qu’elles sont absolument une seule nature; que les créatures n’ont pas été formées, les unes par le Père, les autres par le Fils, d’autres par le Saint-Esprit, mais que tout ce qui a été ou est créé l’a été et subsiste par la Trinité créatrice; que personne ne sera sauvé par le Père sans le Fils et le Saint- 49 Id., s. 223/A, 3 = s. Denis 2, 3 (MA 1, 13 ) : « Terram autem fecit Deus, adhuc ante quam ornaretur, ante quam eius species nudaretur. “Invisibilis erat et incomposita, et tenebrae erant super abyssum”. Tenebrae erant, ubi lux non erat ; nondum enim lux facta erat. “Spiritus Dei super ferebatur super aquas”, et ipse opifex, nec a Patre et unigenito Verbo seiunctus. Nam ecce, si diligenter adtendamus, Trinitas nobis insinuatur. Ubi enim dicitur : In principio fecit intellegitur Patris et Filii: in principio Filio Deus Pater. Restat Spiritus, ut Trinitas impleatur : “Spiritus Dei superferebatur super aquas” ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 78 Esprit, ou par le Fils sans le Père et le Saint. Esprit, ou par le Saint- Esprit sales le Père et le Fils, mais par le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Dieu unique, véritable, vraiment immortel, c’est-à-dire de toute manière immuable.50 Conclusion Dans la théologie augustinienne, nous retrouvons une conviction de toute l’Église qui atteste l’orthodoxie de sa doctrine : l’inséparabilité des Personnes divines dans leurs opérations dans le monde, qui reflète leur vie intime caractérisée par leur union sans confusion. Dans la prédication, cette idée se retrouve ça et là, mais c’est le s. 52 qui estle texte du corpusdans lequel se retrouve l’exposition la plus élaborée du thème. Notre étude du s. 52 jusqu’ici avec les autres importants textes sur cette question, nous convainquent sur les positions de Saint Augustin. Le Père a créé toutes choses par son Verbe, et il ne gouverne pas le monde sans ce même Verbe par qui il l’a créé. C’est le Fils qui s’est incarné, c’est lui qui est né de la Vierge Marie, c’est lui qui a souffert la Passion, qui est mort et qui est ressuscité. Mais dans ces différentes étapes de sa mission dans le temps, les autres Personnes de la Trinité (Le Père et le Saint- Esprit) jouent aussi leur rôle. Nous avons compléter l’agir du Père et du Fils avec ce que dit Saint Augustin sur le rôle du Saint-Esprit en apportant des textes d’autres sermons. Dans les paragraphes du Sermon 52 que nous avons étudiés, Saint Augustin a fait une démonstration essentiellement ancrée dans les Écritures et surtout sur les textes de Saint Paul auquel il attribue le titre d’expert en droit divin, à travers ce qu’il considère « documenta firmissima ». Mais l’exposé du prédicateur d’Hippone va bien au-delà des références bibliques.Un autre important aspect de ce Sermon 52 est l’usage des similitudes psychologiques pour faciliter l’intelligence de la foi dans le mystère qu’il présente aux fidèles dans la prédication du jour. Cela fera l’objet d’une autre étude à travers laquelle nous offrirons un aperçu complet de ce riche sermon. 50 Id., ep. 169, 2, 5 (CSEL 44, 616) : « Proinde in unum Deum, Patrem et Filium et Spiritum sanctum firma pietate credamus ; ita ut nec Filius credatur esse qui Pater est, nec Pater qui Filius est, nec Pater nec Filius qui utriusque Spiritus est. Nihil putetur in hac Trinitate temporibus locisve distare; sed haec tria aequalia esse et coaeterna, et omnino esse una natura: non a Patre aliam, et a Filio aliam, et a Spiritu sancto aliam conditam esse creaturam; sed omnia et singula quae creata sunt vel creantur, Trinitate creante subsistere, nec quemquam liberari a Patre sine Filio et Spiritu sancto, aut a Filio sine Patre et Spiritu sancto, aut a Spiritu sancto sine Patre et Filio; sed a Patre et Filio et Spiritu sancto, uno, vero, vereque immortali, id est omni modo incommutabili solo Deo ». Cf. s. 213, 6 (MA 1, 446) : « …inseparabilia enim sunt opera Trinitatis ». IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 7, December 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of Tansian University, Department of Philosophy and Religious Studies) 79 Références Aumônier, E., La passion du Christ dans la prédication de Saint Augustin, Extrait de Thèse, PUG, Roma 1983. 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