Microsoft Word - IGWEBUIKE JOURNAL VOL.3. NO.2 IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 36 LA TRADUCTION ROMANESQUE YORUBA-FRANÇAIS ET L’INTEGRATION NATIONALE NIGERIANE: UN SURVOL DES TRADUCTIONS PAR ABIOYE, AJIBOYE ET IYALLA-AMADI Ihechi Obisike Nkoro Department Of Foreign Language And Translation Studies Abia State University, Uturu ihenkos2008@yahoo.com Résumé La pratique de la traduction littéraire actuellement au Nigéria, témoigne d’une part du plurilinguisme nigérian et d’autre part, du statut du français en tant que langue de la créativité littéraire du pays. La multiplicité des langues et d’ethnies au pays empêche d’une grande mesure la communication écrite interethnique. Ainsi, la plupart des nigérians lettreé n’arrivent pas souvent à lire les œuvres écrites en plusieurs langues autochtones nigérianes sauf par l’intermédiaire des traducteurs et des traductrices connaissant bien les langues autochtones et d’autres langues telles l’anglais, le français, l’allemand et l’arabe. Cette recherche vise à faire ressortir le grand rôle que joue le français dans la diffusion de la littérature yoruba aux autres ethnies nigérianes. L’étude se consacre à un exposé thématique de trois romans yoruba traduits au français par Abioye (1989), Ajíbóyè (2003) et Iyalla-Amadi (2012). Le travail démontre que ce domaine de traduction littéraire exige plus d’engagement de la part de tous les Francophiles parlant une ou plusieurs langues autochtones nigérianes. Mots-clés: littérature nigériane, romans en langue yoruba, traduction romanesque, yoruba-français, intégration nationale Introduction La littérature orale ou écrite est un des grands indices de la créativité de toute société humaine. Une langue ayant une tradition écrite préserve mieux sa culture qu’une société qui n’en a pas. La littérature d’un peuple reste une littérature ethnique ou nationale, si elle s’exprime seulement en langue ethnique ou nationale. C’est au moment où une littérature ethnique ou nationale, est traduite en d’autres langues du monde, qu’elle devient une littérature mondiale. Ainsi, la pratique de la traduction littéraire assure la diffusion de la littérature mondiale. En Afrique, le débat à l’égard des langues pour l’expression de la créativité littéraire est bien vif. Néanmoins, la littérature écrite africaine témoigne de plurilinguisme africain. D’une part, il y a la littérature écrite en langue européenne, qui est selon Berman, cité par Bandia, «l’écriture-de-traduction » (1). IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 37 D’autre part, on a la littérature en langues autochtones africaines que nous considérons comme la littérature ethnique. Tandis que la littérature africaine en langue européennes nous semble être une approximation d’emploi des langues et des cultures en présence, la littérature africaine en langues autochtones, est une écriture monoculturelle qui préserve toutes les nuances linguistiques et pragmatiques des énoncés. C’est toujours par l’intermédiaire des traducteurs qu’on arrive à avoir accès aux ouvrages en langues autochtones. Voilà pourquoi Simpson (275) reconnait les traducteurs en langues européennes et les traducteurs en langues autochtones ouest-africaines. Dans cette étude, nous nous adressons à la pratique de la traduction littéraire yoruba-français et ses implications pour l’unité nationale nigériane. Nous nous limiterons aux trois ouvrages traduits du yoruba au français notamment, le roman Le preux chasseur dans la forêt infestée de démons de Fagunwa (1938), traduit par Abioye (1989), la pièce de théâtre Catastrophe au rendez-vous (une traduction de Rẹ́rẹ́ Rún) d’Òkédìjí (1973), par Ajíbóyè (2003), et Un homme Averti (traduction française du roman Yoruba Ogun Àwítẹ́lẹ̀) de Faleti (1965), traduit par Iyalla-Amadi, Priyé (2012). La situation ethnolinguistique nigériane et la créativité littéraire D’après Oti et Mbah, le Nigéria a plus de 250 groupes ethnolinguistiques (1). Chacune de ces groupes a une culture qui se distingue d’autres ethnies. Bien que toutes ces ethnies aient leurs littératures orales, qu’elles passent par la bouche d’une génération à l’autre, le transfert de la sagesse d’une ethnie à une autre ethnie, se fait oralement, seulement par l’intermédiaire des interprètes. De ce fait, le seul moyen de passer la sagesse d’une ethnie, à une autre ethnie, devient le déplacement et le voyage. Cela implique qu’au niveau oral, on arrive seulement à avoir accès à la sagesse d’une autre culture lorsqu’on visite cette ethnie, ou lorsqu’on rencontre quelqu’un qui vient de cette ethnie, ou quelqu’un, qui a appris par ses efforts personnels, la sagesse de cette autre ethnie. Par conséquent, la communication interethnique du pays ne facilite pas la diffusion de la littérature orale de ces ethnies. Signalons que ce n’est qu’une toute minoritaire des ethnies nigérianes qui ait une tradition écrite. Par conséquent, certaines ethnies du pays n’ont pas une littérature écrite en langues ethniques. Le Hausa, Le yoruba et l’igbo, qui jouent le rôle des langues nationales parmi d’autres, disposent d’une littérature ethnique écrite. Notons que l’accès interethnique à ces littératures en langues autochtones nigérianes est très difficile, car, on doit d’abord apprendre à lire la langue de chacune de ces ethnies avant de lire leurs littératures d’où relève la nécessité de la traduction littéraire. Au fait, nous IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 38 faisons partie de beaucoup de Nigérians lettrés qui n’ont jamais visité la Chine et qui ne connaissent aucun mot chinois, mais qui citent souvent les proverbes chinois qu’ils ont lus en anglais. L’expérience coloniale africaine a remodelé à jamais, la situation linguistique de tous les pays africains. Au Nigéria, depuis l’ère coloniale jusqu'à nos jours, l’anglais reste la langue officielle. Le français qui connait déjà plus d’un siècle au pays comme une langue étrangère, est actuellement la deuxième langue officielle du pays. L’arabe, une langue religieuse occupe aussi une position privilégiée surtout au nord du pays. D’autres langues étrangères au pays incluent l’allemand, l’espagnol, le portugais et le chinois. La littérature écrite nigériane s’exprime également en ces langues étrangères. Tandis que la littérature écrite en langues autochtones nigérianes se limite aux frontières ethniques, la littérature écrite en langues internationales telles l’anglais, le français et l’arabe, déborde non-seulement les frontières ethniques mais les frontières nationales faisant ainsi partie de la littérature mondiale. Cependant, une littérature ethnique peut être transformée en une littérature mondiale dès qu’elle soit traduite aux plusieurs langues vivantes. Le présent travail qui focalise sur trois ouvrages yoruba en traduction française, se situe donc au domaine de la littérature ethnique transformée en littérature mondiale par l’intermédiaire de trois traducteurs yorubaphiles et francophiles. Les auteurs et les traducteurs des textes étudiés Deux romans et une pièce yoruba en traductions françaises sont choisis pour l’étude, notamment, les romans : Le preux chasseur dans la forêt infestée de démons de Fagunwa traduit du yoruba au français par Abioye, la pièce, Catastrophe au rendez-vous d’Òkédìjí traduit du yoruba au français par Ajíbóyè, et L’homme averti de Faleti traduit du yoruba au français par Iyalla-Amadi. Rappelons qu’en 1938, Fagunwa écrit en langue yoruba, le roman Ogboju Ode Ninu Igbo Irunmale, Faleti écrit Ogun Àwítẹĺẹ̀ en 1965 tandis qu’ Òkédìjí écrit Rẹŕẹ ́ Rún aussi en langue yoruba, en 1973. A vrai dire, ces textes en langue yoruba n’attireraient jamais notre attention si l’on ne les a pas traduits au français, car nous ne pouvons pas lire les textes en langue yoruba. En ce qui concerne la situation linguistiques de ces trois traducteurs vis à vis les ouvrages choisis pour l’étude, Abioye et Ajíbóyè sont d’origine yoruba, des professeurs titulaires de français, et enseignants universitaires de français tandis qu’Iyalla-Amadi est Yorubaphile, et enseignante universitaire de français. Le bilinguisme et le biculturisme de ces deux traducteurs et la traductrice, sont des atouts qui leurs ont permis de réaliser ces IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 39 traductions yoruba-français. Dans ce qui suit, nous ferons un exposé thématique de ces trois ouvrages en traductions françaises, afin d’en tirer les éléments unificatrices face à la situation multilingue et multiethnique nigériane. Exposés thématiques des textes étudiés Aucun artiste ne termine sa créativité sans livrer à la société un produit de beauté, d’instruction et d’amusement. Toute créativité littéraire digne de son nom, aurait toujours des aspects esthétiques, instructifs et même critiques. Voilà pourquoi la littérature d’une époque donnée fait partie de l’histoire générale de cette époque-là, Ainsi, la littérature devient un élément important à considérer en pensant au développement d’un pays donné. En essayant de faire un exposé thématique des ouvrages choisis pour l’étude, on veut tout simplement faire ressortir le message de Fagunwa, de Faleti et d’ Òkédìjí pour l’humanité. Notre exposé concentre aux thèmes renforcés par les trois écrivains voire la chasse et les chasseurs, l’éducation, le gouvernement, La prudence et la vigilance, la détermination, la patience et la persévérance a) La chasse et les chasseurs A chaque société ses métiers. Tout adulte doit travailler pour ne pas être un parasite. Fagunwa, Faleti et Òkédìjí se servent de leurs ouvrages littéraires pour nous faire comprendre certains aspects de la vie économique de la société yoruba traditionnelle et moderne. Les traducteurs français de ces auteurs réussissent bien à reproduire en français, la vie économique présentée dans les textes sources. Il y a plusieurs métiers représentés dans les trois ouvrages étudiés mais on est d’avis que la chasse et les chasseurs méritent plus d’attention que tout autre métier parce que ce métier figure directement dans l’ouvrage de Fagunwa et de Faleti, et par allusion dans l’ouvrage d’Òkédìjí. Dès l’abord, on apprend que le protagoniste Dans La forêt infestée de démons de Fagunwa, Akara-Ogun, est chasseur dans la forêt d’Irunmale’. Il dit à propos de son enfance: «Je commençai à accompagner mon père à la chasse dès l’âge de dix ans et j’eus mon premier fusil à l’âge de quatre ans… Même de son vivant, j’étais devenu un chasseur renommé qui tuait beaucoup d’animaux sauvages y compris le tigre et l’éléphant » (9). De même, dans Catastrophe au rendez-vous, on parle souvent de chasseurs. Par exemple, dans ses préambules intitulés ‘Pourquoi cette pièce ? Òkédìjí nous fait comprendre que les conditions des ouvriers sont pénibles en signalant que les IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 40 ouvriers sont comme « sont comme des chiens qui ayant tué le gibier, se trouvent dépossédés par le chasseur» (x). De plus, Adéníyí, un des ouvriers, «chante la chanson des chasseurs ‘ìjálá (16). De surcroît, le premier chapitre de L’homme averti… de Faleti commence par ces mots : «Au cours de la chasse, le chasseur vtt beaucoup de difficultés » (1). Au fait, les mots tels ‘chef-chasseur, mon lieutenant’ (3), ‘maîtres-chasseurs et jeunes-chasseurs’ (5), et ‘Ikólàbà (titre officiel du chasseur’ (47), témoignent du grand professionnalisme de la chasse et des chasseurs yoruba. Autres termes tels ‘Osi-Oluodè ‘,(troisième adjoint du chef et ‘Otun-Oluodè’ (deuxième adjoint du chef-chasseur (48), expliquent aussi l’aspect militaire du chasseur yoruba. Selon Iyalla-Amadi, «Chez les Yorubas, le chasseur remplit la double fonction de chasseur du gibier et de gardien du village. » (47). b) L’éducation L’éducation est un des thèmes qu’on ne peut pas négliger dans les trois ouvrages étudiés. Voici le conseil de Fagunwa aux parents : Surveille la façon dont ton enfant parle… Veille aussi à ce qu’il ne devienne pas un polisson ou fripon plus tard dans la vie. Si tu as les moyens, envoie ton enfant à l’école et si tu ne disposes que de ressources minces, cherche à donner à ton enfant une bonne éducation, même s’il te faudra vendre des fagots, ne manque pas de le faire. Souviens-toi qu’un seul enfant bien élevé et qui à une bonne éducation vaut mieux que mille autres qui ne sont que des fainéants (119). Notons que Fagunwa signale également l’importance de l’apprentissage des métiers comme un autre moyen de préparer un enfant pour la vie d’adulte. Il dit : Si compte tenu des frais de scolarité souvent trop élevé, tu sais que tu n’auras pas la capacité de mener à bout ce projet, cherche carrément à faire apprendre à ton enfant un bon métier qui serait plus tard rentable. Même si c’est le métier de fermiers, encourage-le à le bien apprendre. Regarde combien la race noire est bénite en ce qui concerne la richesse et la quantité du terrain…si c’est au commerce qu’il s’intéresse, encourage-le à le bien apprendre ; et si c’est le métier de IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 41 menuisier qui l’intéresse, encourage-le à s’y distinguer…. (120) De sa part, Faleti montre nettement que l’éducation distingue les vieux des jeunes dans le roman. Lorsqu’il arrive chez le chef du village, le chef-chasseur nous dit que «…le Balé… en sortît une petite lettre et appela son fils ainé pour venir me la lire. Le garçon ouvrît la lettre et commença… (1). Ensuite, les chasseurs qui ne peuvent pas lire les affiches collées par les voleurs, demandent l’aide des écoliers : « …nous vîmes trois écoliers en train de lire une affiche collée à un arbre. Je demandai au plus âgé de nous lire ce que fut écrit sur l’affiche…. » (6). Òkédìjí nous présente egalement le thème de l’éducation dans sa pièce. Les acteurs tels Akòwé àgbà (secrétaire des chefs traditionnels du village) et Mopélólà, la jeune dactylographe, sont biens éduqués (vii). Davantage, Láwúwo, le leader des ouvriers, explique à sa femme, Moréniké que : C’est alors que je suis devenu tour à tour apprenti-maçon, apprenti-menuiser, apprenti-peintre …pour ensuite partir à l’école du soir ou j’ai appris les quelques bribes qui m’ont permis aujourd’hui de conduire les affaires des ouvriers…(31) Le gouvernement Le gouvernement se voit dans les trois ouvrages étudiés. Chez Fagunwa, on voit des rois et leurs sujets. Le narrateur, Akara- Ogun, dit qu’: Un des messagers du roi entra précipitamment chez moi pour m’annoncer que le roi voulait me voir tout de suite. Comme c’état un devoir pour moi en tant que sujet du roi, je fis mes préparatifs pour me rendre au palais du roi » (77). Poursuivant, Akara-Ogun ajoute : «A vrai dire, Oke Langbodo était une grande ville dont la propreté était incontestable… à notre arrivée dans la ville, nous fîmes savoir au roi que nous étions là … » (112). De sa part, Faleti, présente le terme du gouvernement en nous parlant d’ activités du chef du village, le Balé et ses sujets, notamment, le chef-chasseur et autres chasseurs(1). Le chef-chasseur dit : «le matin du quatrième jour, je reçus un message de la part du Balé. Il voulut que tous les chasseurs se réunissent chez lui » (14). Le thème du gouvernement se voit aussi chez Òkédìjí lorsqu’Olúgbón, un chef, s’adresse à Onímògún, le roi, en disant : «écoutez, Kábíyèsí notre roi… (9). De plus, Onímògún, pose cette question à Balógun, un autre chef- «Balógun, toi aussi, tu as déjà participé au IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 42 gouvernement. Est-ce que tu t’es fait construire une maison, même jusqu'à ta retraite ? (12). Il est vrai qu’on ait des rois et des sujets dans ces trois ouvrages mais il y a une grande leçon morale à en tirer. Tandis que Fagunwa et Faleti nous présentent des rois et des sujets heureux, Òkédìjí nous présente un roi heureux et des sujets opprimés et malheureux. Le narrateur dans l’ouvrage de Fagunwa dit que «la façon dont Imodoye avait parlé était magnifique. Il excita en nous du courage et le désir de rendre service à notre patrie (93). Ce même sentiment patriotique se voit chez Faleti lorsque le chef-chasseur, en répondant au discours du roi, dit « je l’assurai que nous ferons tout notre possible de remporter la victoire » (16). Au contraire, on voit chez Òkédìjí, des sujets opprimés représentés par les ouvriers. Voilà pourquoi Mopélólà en s’adressant au roi Onímògún, dit : «si les ouvriers souffrent tant aujourd’hui, c’est que le syndicat ne s’est pas encore affermi, tôt ou tard, ils se débarrasseront de tout encombrement » (92-93). d) La prudence et la vigilance La Sante Bible nous conseille à maintes fois d’être prudents. Selon la Sainte Bible, «La faveur du roi est pour le serviteur prudent » (Proverbes 14 :35, Louis Segond). En fait, Jésus Christ commande ses disciples «vous aussi, tenez-vous prêts car le fils de l’homme viendra à l’heure où vous n’y penserez pas » (Luc 12 :40). De même, Fagunwa, Faleti et Òkédìjí nous donnent des leçons morales concernant la prudence et la vigilance. Selon Fagunwa, «un homme prudent fait des pas à la mesure de ses jambes. En toute chose, un homme prudent considère la fin tandis qu’un homme vaniteux se plonge dans une imitation aveugle » (134- 135). Pour Faleti, le titre même du roman Un homme averti…, fait appel à la prudence et à la vigilance. Le chef-chasseur dans ce roman montre que la prudence et la vigilance vont de paire lorsqu’il dit qu’il est vrai qu’«un homme averti en vaut deux, mais ceci n’est vrai que lorsque l’homme qui a été averti se prépare bien» (46)., Òkédìjí contribue aussi à cette leçon morale sur l’importance de la prudence. Les activités de Láwúwo, le révolutionnaire et le leader des ouvriers qui souffre la catastrophe d’être veuf et de devenir fou après sa lutte contre l’oppression des ouvriers, suscitent le conseil à la prudence de la part de la classe dirigeante, et de la part de sa famille. D’abord, Olúgbón, le chef qui fait partie du gouvernement du roi Onímògún dit au roi que «la prudence s’impose. Il faut prendre au séreux l’affaire de Láwúwo. Et cela vite, sinon ce sera trop tard (10). Par ailleurs, sa sœur Wúràólá, la conseillère des ouvriers, lui parle ainsi: IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 43 «Láwúwo, je te conseillerai la prudence, le genre de prudence qui nous permet de marcher dans un champ d’épines sans être blessés (24). d) La détermination, la patience et la persévérance La détermination, la patience et la persévérance sont d’autres bonnes qualités recommandées dans les trois ouvrages étudies. Le vieil homme qui donne des conseils à Akara-Ogun et aux autres chasseurs vaillants après leur retour de la forêt d’Oke Langbodo leur dit : «J’apprécie votre intrépidité. Je vous félicite pour votre persévérance. J’apprécie votre ténacité. Je loue également votre résolution (117). De plus, Òkédìjí encourage la patience lorsque Balogun dit à Onímògún : «La patience, c’est ce qu’il nous faut (13). Faleti nous enseigne de persister lorsque le chef-chasseur dit aux autres chasseurs : «si un chasseur persiste dans la chasse sans se décourager, il finira par avoir du succès auprès du gibier (36). En fin, le chef-chasseur nous dit à propos de la guerre de l’homme averti que «grâce à l’aide portée par Ado et à ma persévérance, nous réussîmes donc à venir à bout de la guerre de l’homme averti (43). Les textes étudiés et le rapprochement des ethnies nigérianes Rappelons que nous avons indiqué plus haut que le Nigéria a plus de 250 ethnies. La lecture des ouvrages de Fagunwa, de Faleti et d’Òkédìjí nous serait impossible sauf par l’intermédiaire des traducteurs, car nous ne pouvons pas lire la langue yoruba. Grace à notre lecture de ces ouvrages, nous avons pu bénéficier de l’universalité des ouvrages. Nous sommes d’accord avec Amadou que «la mondialisation ou globalisation est inévitable…. Si l’Afrique ne s’y prépare, elle sera à nouveau marginalisée… Mais ce village planétaire est aussi pluriculturel, voire pluriethnique » (425). En traduisant ces ouvrages écrits en langue yoruba au français, les traducteurs ont permis aux francophiles y compris les Nigérians francophiles d’en avoir accès. Ainsi, les versons françaises de ces ouvrages yoruba contribuent beaucoup à la nigérianisation et la mondialisation de la littérature yoruba. Avouons que nous apprécions mieux le monde yoruba grâce à notre lecture de ces ouvrages. Evidemment, nous partageons l’avis de Betocchini et Costanzo que cette étude a aboutit à une participation «à un débat d’idées » (77), entre des ethnies nigérianes différentes parlant le français. On est d’avis que le monde entier a beaucoup à apprendre du professionnalisme de la chasse et des chasseurs yoruba. Signalons que le dicton «l’unité fait la force », qui détermine toutes les actions des chasseurs chez Fagunwa et chez Faleti, leur remporte la victoire. A l’inverse, on trouve chez Òkédìjí que le sabotage d’Ìdòwú contre les IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 44 autres ouvriers demandant une amélioration de leurs conditions de travail, ne remporte que la catastrophe aux ouvriers. Ainsi, le Nigéria peut se distinguer parmi les autres pays du monde, si tous ses citoyens s’unissent malgré leurs ethnies d’origines. Conclusion L’impact d’une littérature ethnique se multiplie par sa traduction en d’autres langues. Fagunwa, Faleti et Òkédìjí, des écrivains d’expression yoruba sont connus aujourd‘hui au monde francophone parce que leurs ouvrages existent en traductions françaises. Aujourd’hui des francophiles de par le monde peuvent mener des études comparées en se servant de Le preux chasseur dans la forêt infestée de démons(une traduction d’Ogboju Ode Ninu Igbo Irunmale) de Fagunwa par Abioye, Catastrophe au rendez-vous (une traduction de Rere Run) d’Okediji par Ajiboye et Un homme Averti (traduction française du roman yoruba Ogun awitele) de Faleti par Iyalla-Amadi. Quiconque lira ces ouvrages sera mieux muni d’affronter les difficultés inévitables associées à l’expérience humaine compte tenu de leçons morales telles l’unité, la prudence, la vigilance et la persévérance présentées dans ces ouvrages. Bien qu’il y ait plusieurs groupes ethnolinguistiques au Nigéria, avec l’unité, on peut apprécier mieux notre diversité et notre créativité ethnique. Néanmoins, nous regrettons qu’à l’heure actuelle, seulement les Yorubaphles, les Anglophiles et les Francophiles puissent lire ces ouvrages. Il est souhaitable que ces ouvrages soient traduits en toutes les langues autochtones nigérianes parce que cela assurera une grande unification nationale. ŒUVRES CITEES Amadou, Oumarou. « Genèse et fondement de la mondialisation : Enjeux et défis ».Partcip’Action : Revue interafricaine de littérature, linguistique et philosophie. Revue semestrielle Volume 8, No1-Janvier 2016, Lomé, Togo, 417-426. Bandia, Paul. «Le concept bermanien de l’étranger ». http://www.erudit.org/revue/ttr/2001/v14/n2/000572ar.html?vue=r esume Betocchini, Paola et Costanzo, Edvige. « Participer à un débat d’idées ». Le français dans le monde, No 406 Juillet-Aout 2016, 77-78. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 2, March 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute) 45 Fagunwa, Daniel O.. Le preux chasseur dans la forêt infestée de démons. Trad. Abioye, Olaoye. Lagos : Nelson Publishers Limited, 1989. Faleti, Adebayo. Ogun Àwítẹĺẹ̀. Ibadan: Oxford University Press, 1965 /http://0-www.worldcat.org.novacat.nova.edu/title/ogun- awitele/oclc/26969477/editions?referer=di&editionsView=true Faleti, Adebayo. Un homme Averti (traduction française du roman yoruba Ogun Àwítẹĺẹ̀). Trad. Iyalla-Amadi, Priyé. Ibadan: HEBN Publishers Plc. 2012. La Sante Bible -Louis Segond. Paris: La Société Biblique, 1974. Òkédìjí, Ọládẹ̀jọ. Rere Run. Ibadan:Onibonje Press and Book Industries (Nigeria Ltd. Òkédìjí, Ọládẹ̀jọ.. Catastrophe au rendez-vous (une traduction de Rere Run). Trad. Túndé Ajíbóyè. Ibadan: Heinemann Educational Books (Nigeria) Plc. 2003. Oti, E. Osita & Mbah, S. Chidi. «Ethnicity and Census-Taking: challenges and Prospects ». Abia Population Studies: A Publication of the Centre for Population Studies, Abia State University, Uturu, 2.1, 2015, 1-11. Simpson, Ekundayo. Translation: Principles and Applications. Lagos: Interlingua Limited, 2007.