Microsoft Word - IGWEBUIKE JOURNAL VOL. 3. NO. 1 IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 19 DOCUMENTATION ET TRADUCTION DE QUELQUES DEVINNETTES IGBO Olivia Ezeafulukwe Nnamdi Azikiwe University,Awka- Anambra State. olyvconnect@yahoo.com RESUME Les devinettes constituent une partie intégrante de la littérature orale africaine. La littérature orale étant menacée par la modernité et la globalisation se voit diminuer en usage. L’usage des devinettes n’en est pas exempt. Mais laisser disparaitre les devinettes, c’est laisser disparaitre une partie intégrante de notre patrimoine culturel. Cette communication se donne comme objectif de documenter quelques devinettes igbo et les traduire en deux langues internationales. Un effort supplémentaire est fait pour contextualizer ces devinettes pour mieux les interpréter et les traduire. Cette communication s’ambitionne aussi de chercher la nature des devinettes et à quelles fins elles sont employées. Les devinettes igbo préexistantes sont conceptualisées et traduites. Mots clés : devinette, traduction, contextualization. INTRODUCTION Une devinette est une forme d’énigme. C’est un jeu d’esprit qui met à l’épreuve la finesse de jugement et la vivacité intellectuelle des joueurs. La devinette est une “question posée sous une forme bizarre ou plaisante, et dont il faut deviner la réponse” Micro Robert (303).Les devinettes constituent une partie intégrante de la littérature orale africaine et en constituent un genre très important. Balogun (6) nous explique la devinette en ces mots » un récit ou une expression imaginaire, formulé dans un but de développer l’intelligence ou bien de faire réfléchir le public pour qui elle est racontée. » Elle est toujours basée sur la faune et la flore de l’environnent. Elle est toujours destinée aux jeunes. Fabriquée par les plus âgés pour aider les jeunes à prendre plus conscience de leur environnent immédiat et à apprécier la nature. Elle est fabriquée pour mettre en épreuve l’intelligence et le degré d’intégration sociale et culturelle des jeunes. Une jeune ne pose pas de devinettes aux adultes puisque ces devinettes ne constituent guère de mystères à ces adultes déjà habituées à leur environnement dès la naissance. Les devinettes sont toujours construites en forme interrogative attendant des tentatives de réponses. Elles encouragent la rapidité de réaction. Les réponses appropriées sont applaudies. Jadis ces devinettes constituaient des formes de détentes et pouvaient aussi server à éduquer les enfants ou a éveiller leur conscience de l’environnement dans lequel ils vivent. Posées en formes de jeu ou de concours, elles se passent au clair de la lune, pendant les heures de repos. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 20 Pourquoi traduire et documenter les devinettes Igbo La société traditionnelle africaine, où les familles se rassemblent pour interagir après les jours de tracas et de bagarres, est maintenant remplacée par la vie individualisée où les parents n'ont plus de temps pour leurs enfants. Il est décourageant de constater que la modernisation est en train de pénétrer profondément dans les racines de la société africaine traditionnelle et la prive de sa culture et de ses normes. Les pauvres Africains, dans leur ignorance, comprennent la globalisation comme synonyme d'occidentalisation, ce qui les fait jeter et se dépouiller de beaucoup de choses qui étaient africaines, qu'ils considèrent maintenant barbares et démodées. Beaucoup de langues africaines atteignent progressivement l'extinction au furet à mesure que plus en plus d'Africains adoptent les langues des maîtres coloniaux au détriment des leurs. O'grady nous informe que Le modèle classique de perte de langue implique trois générations : d’abord la génération des parents monolingues, puis suit une génération de leurs enfants qui acquièrent une nouvelle langue pour devenir bilingues et enfin la génération de petits enfants qui redeviennent monolingues, s’exprimant seulement dans la nouvelle langue de leurs propres parents, sans comprendre la langue de leurs grands-parents (330) Ma traduction. En regardant le modèle d’O'grady, on peut imaginer combien de langues africaines survivraient au-delà de ce siècle. La langue et la culture sont entrelacées et la disparition d'une langue conduit à la disparition de la culture qu’elle véhicule. Les devinettes constituent un aspect très important de la culture igbo et la peur de la disparition de la langue igbo a conduit à ce besoin urgent de documenter certains aspects de sa culture, y compris les devinettes pour les sauver de la disparition. Les devinettes comme les autres aspects de la littérature orale, transmet la culture, la taxonomie des peuples ainsi que la culture physique du peuple, une traduction de nos devinettes aidera les autres cultures à mieux les apprécier et par suite mieux comprendre l’Afrique, dont on a longtemps représentée comme barbare et sans culture. La traduction de ces devinettes dans les langues internationales les rendra également accessibles aux autres cultures du monde d'où la possibilité pour la culture Igbo de contribuer à la culture universelle. Ladmiral conçoit la traduction comme « toute forme de médiation interlinguistique permettant de transmettre l’information entre locuteurs de langues différentes » (87). La traduction est à la fois un acte linguistique et culturel. Avec les devinettes nigérianes traduites en d’autres langues internationales, le Nigéria peut maintenant contribuer à IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 21 la culture mondiale car les Noirs en diaspora ainsi que beaucoup d’autres Igbophiles peuvent maintenant les comprendre, les apprécier et peut-être les employer. Il est pourtant frappant que les devinettes igbo tombent aujourd’hui à l’oubli. Puisque les devinettes ne constituent que les jeux oraux, elles ne sont pas bien documentées. En raison de cela beaucoup de ces devinettes disparaissent avec le temps. Cette situation exige alors qu’une attention urgente soit portée sur la traduction de cette tradition de devinettes, qui joue un rôle d’éducation, de détente et d’éducation aux jeunes igbo pour qui cette traduction des devinettes igbo peuvent même se constituer à un attrait pour rechercher sur cette langue ou même exciter les autres étrangers à mieux nous valoriser et nous apprécier. Composition des devinettes et à quel auditoire ? Selon Eno (30). «… chaque langue humaine a sa propre système lexical organiquement lié au contexte physique et socioculturel. »’ Les devinettes sont composées des personnes, animaux, arbres et plantes qui se trouvent dans l’environnent des personnes auxquelles ces devinettes sont destinées. Les devinettes commencent ou terminent toujours avec la formule Gwam Gwam Gwam (dites-moi), Onye ka m bụ (Qui suis-je ?), Gịnị ka m bụ ? (What am I ?) ou par une autre formule d’interrogation. Ceci étant de coutume, incite aussi l’auditoire à s’apprêter pour la question qui vient, car les devinettes sont toutes des questions qui cherchent des réponses. Quelques fois les bonnes réponses attirent des récompenses soit en forme d’acclamation, en forme de renforcement matériel ou même un prix de victoire si c’est organises en forme de concours. De la même façon des réponses fautives reçoivent des désapprobations ou même des de cris de déception, des hurlements etc. Dans la formulation des devinettes il y a beaucoup de personnification. Les objets, les endroits sont attribués des caractères humains; ce qui les rend encore plus difficile à deviner leurs réponses. Par exemple dans la devinette Onye jiri ike gazue ubi nna gị ?……Ọgụ (Dites moi qui s’est promené autours du champ de ton père à fesse…La houe) Nous voyons un nom inanimé, la houe, décrit comme un animé qui peut se promener. Les devinettes sont formulées avec les objets auxquels le peuple est habitué car leur usage et formulation ont aussi comme objet majeur de faire les plus jeunes prendre conscience de leur environnement immédiat. Elles constituent ainsi un jeu d’éveil qui stimule la curiosité de l’enfant. Leur formulation autours de la flore et la faune de l’environnement rend les devinettes abordables et ajoute à la joie qu’évoque le jeu. Les devinettes sont construites par un peuple pour les servir. La devinette est très importante dans la vie sociale africaine. Les jeunes l’emploient pour se divertir ou pour plaisanter. Ce qui est très important dans ce jeu de devinette IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 22 c’est que chaque enfant tente de fournir la bonne réponse. Chaque fois qu’un participant donne une bonne réponse, il est applaudi par le battement des mains ou par des cris de félicitation et cela rend tous les participants très gais. Les devinettes prennent la forme de jeu chez les jeunes. C’est aussi une façon dont les jeunes s’exercent aux travaux mentaux. On fait la devinette comme une compétition où chaque participant essaie d’être considéré le meilleur ou le plus intelligent parmi les autres, par rapport à sa participation et sa contribution. Chevier (22) écrit que les devinettes se font comme une sorte de concours de présence d’esprit, de rapidité des réactions, d’une sorte d’émulation de la parole. Selon Agu La devinette est une forme d’interrogation chez les Igbo et en Afrique en général. Il sert à rechercher combien quelqu’un est intelligent. Ce sont des questions difficiles à interpréter. Les Igbo les utilisent pour élever les enfants, pour leur apprendre le bon sens. Ces questions formulées disent des choses différentes des mots qui servent à leurs compositions. Toujours en forme d’interrogation auxquels seules les personnes bien méticuleuses et bien adaptées à la culture igbo peuvent trouver les réponses justes à ces questions. (68-69) Ma traduction Quelques 31 devinettes igbo et leurs versions anglaise et française (1) Abụ m oti egwu abalị. Ndi iro m na-akụrụ m aka bụrụgodu mgbe ha achọghịị. Onye ka m bụ ? (Anwu nta) I am a night musician. My enemies clap for me against their will. Who am-I? (Mosquito) Je suis un musicien nocturne. Mes ennemis m’applaudissent même contre leur volonté. Qui suis-je ? (La moustique) (2) Otu nwanyị kụrụ aka ya umu ya agbasaa n’egwu. Onye ka ọ bụ?... (Ụkpaka) A certain mother clapped her hands and her children scattered in fear. Who is she? (Oil bean) Une certaine mère frappe ses mains et ses enfants se sont dispersés peureux. (Haricot beurre) (3) Ibe ji e kobere n’elu na-enye ọkụ n’abali. (Ọnwa) The hanging piece of yam which gives light in the night. (Moon). Igname suspendue qu’illumine le soir. (La lune) IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 23 (4) A matara m ka ọ diri m, were ralu iji abalị aga. Onye kwuru nkea? (Ụsụ) I know my condition so I chose to move about at the night. (Bat) Je reconnais ma laideur et choisit alors de ne me déplacer que le soir. (la taupe) (5) Nne ji otu aha akpọ ụmụ ya dum. (Ọkụkọ) A mother who calls all her children by one name.(Hen) La mère qui appelle tous ses enfants par le même nom. (La poule) Amaghị m mgbe miri ga-ezo nke mere m ji buru ụlọ m na-agagharị. Onye kwuru nke a? (Mbe) I don’t know when it shall rain so I carry my house wherever I go. Who said this?(Tortoise) Je ne sais pas quand il pleuvra, donc je me promène avec ma maison. Qui suis-je? (la tortue) (6) Abụ m osisi obe akwa. Ndị madụ na-añụ anya miri m n’obi ọma. Onye ka m bụ? (Nkwụ) I am a crying tree. People happily drink my tears. Who am-I? (Palm tree) Je suis un arbre pleureur. Les gens boivent mes larmes avec joie. Qui suis- je ?(Palmier) (7) Otu akwa nwere ụmụ kachasị na-ime ya. (Ụwa) A single egg that contains the highest number of chicken.(Earth) Un seul œuf qui contient le plus grand nombre de poussins. (Le monde) (8) Ọkwụrụ nwere nwanne nwanyị tọrọ ya nke ụmụ ya kara gbaa okpokoro. Olee aha nwanne ya nwanyị a.( Ọkwụrụoru) Okro plant has a taller sister whose children are bigger. What is her sister’s name?(Pawpaw) L’okra a une sœur ainée, qui a des enfants plus grands. Comment s’appelle sa sœur ? (La papaye) (9) Otu agbọ nke odịghị onye makarịrị ibe ya.((Enwe)) A special breed where nobody is uglier than the other. (Monkeys) Un peuple particulier qui est l’un aussi laid que l’autre. (Les singes) (10) Ute kachasị nke Chineke ji aka ya tua. (Eligwe) The widest mat spread by God himself.(Sky) IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 24 La natte la plus large étendue par Dieu, lui-même. (Le ciel) (11) Esi m n’elu nnukwu osisi wutue kwe n’isi too onwe m. Gịnị ka m bụ(Ngwere) I jumped from a very high tree and nodded my head in self praise. What am- I?(Lizard) J’ai sauté d’un grand arbre et j’ai hoché la tête pour me féliciter. Qui suis-je ? (Le lézard) (12) Abụ m eze ntamu. Ana m atamu bụrụgodu mgbe m no n’uju.(Ijiji) I am a king of murmuring even in the mist of plenty.(Housefly) Je suis un roi murmurant même dans la brume de l'abondance. (La mouche) (13) E nwere ụmụ nne abụọ. Nke nọ n’elu kwube okwu egebe ya nti ma nke nọ na mgbada kwuo iru ndị madu agbaruọ.( Ọnụ na ike) There are two siblings, when the one at the north speaks people listen but when the one at the south speaks people frown their faces. (The mouth and anus) Il y a deux sœurs, lorsque celle au nord parle les gens écoutent mais celle du Sud parle des gens se froncent les sourcils. (La bouche et l'anus) (14) Gwam ihe ji ikpere gazuo ubi nna gị.(Ọgụ). Tell me who went round your father's farm on his knees (Hoe) Dites-moi qui a fait le tour de la ferme de votre père sur ses genoux (la houe) (15) Akwa Chukwu sụrụ na anaghị akọ akọ.(Ire) A cloth washed by God that stays wet(Tongue) Un tissu lavé par Dieu qui reste humide (La langue) (16) Ihe mere eze ji rachaa ntụ.(Ube) What made a king leak ash (Pear) Ce qui a fait que le roi lèche la cendre. (La poire) (17) Onye uwa nile na-atu egwu, na amaghi nne ma ọbụ nna, Ọ maghi onye ukwu ma ọbụ ogbenye. Ọ maghi oga ma ọbụ odibo. Onye na-akpote gi n’ụra mgbe ụra kachasi gi ụtọ. ( Ọnwụ) Tell me who the whole world fears; who can't tell mother from father; who can't tell rich from poor; who can't tell servant from king; who wakes you up when your sleep is sweetest? (death) Dites-moi qui le monde entier craint; qui ne distingue pas entre la mère le père; entre les riches et les pauvres; entre le serviteur et le roi; qui vous réveille quand le IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 25 sommeil vous est plus doux? (la mort) (18) Gwam onye gba aka baa ọhịa chịrị ụmụ pụta. (Ede) Tell me what entered the bush alone and came out with children (Cocoyam). Dites-moi celle qui est entrée dans la brousse toute seule et elle est sortie avec les enfants. (Le taro). (19) Gwam onye gị na ya yị aga na-abụ ọ nọọ n’iru ọ nọọ na azụ. (Nkịta) Tell me the young man with you who is sometimes in front and sometimes behind as you walk along. (Walking stick) Dites-moi votre compagnon de marche, qui se met tantôt devant tantôt derrière pendant que vous marchiez. (Le bâton de marche) (20) Agadi nwanyi otu ntu ime. (Jioko) An old woman that conceives but once. (Plantain) La vieille femme qui ne tombe enceinte qu’une seule fois dans sa vie. (Le plantainier) (21) Ihe bu nna ya ukwu uzo taa oji. (Mbọ) The servant who eats kola before his master.(The fingernail) La serveuse qui prends le kola avant son patron.(l’ongle) (22) Ihe gbazuru agụ ọsọ ma ọsusọ esughi ya. (Nkita) The thing that ran round the whole bush without sweating.(dog) L’animal qui a parcouru le champs sans transpirer. (Le chien) (23) Ihe gba aka baa ọhịa chịrị ụmụ pụta.(Ede) The thing that entered the bush alone and came out with children.(cocoyam) Qui entre la brousse tout seul et sort avec des enfants? (Le taro) (24) Ihe dara olulu ma oreghi ure.(Okwute) What fell into the pit but never got rotten. (Stone) Qui tombe dans le trou sans décomposer ? (La pierre.) (25) Agbọghọ ọma ji abalị aga.( Ọnwa) The beautiful lady who only walks about at night... (The moon) La belle demoiselle qui ne se promène que le soir. (La lune) (26) Ọgba aka arị elu. (Agwọ) Dexterous height climber that climbs without a ladder. (The snake) Grimpeur de haute altitude qui grimpe sans échelle. (Le serpent) (27) Gwam ugbo m kpubere n’ala.(ụkwụ) What is the boat I turned upside down.(The leg) Quel est le bateau que j’ai tourné sens dessus dessous. (Le pied) (28) Ite ọkụ ụwa ji ahụ ụzọ. (Ọnwa) The lamp that the world uses to see. (The moon) IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 26 La chandelle qui illumine le monde entier. (La lune) (29) Oke ehi nwere mpi alaka.(Jioko). The bull with horns with branches.(Plantain) Le bouc avec des cornes à branches.(Le plantainier) (30) Ihe i wufuru na mbụbọ o soro gị na-ala. (Ntụ) What you poured away in the garden and it is following you home. (Ash) Ce que vous avez jeté au jardin et il vous suit à la maison. (La cendre) (31) Ihe duru nwata ọdụ n’ihu nne ya. (Agbụsị) What counselled a child in front of his mother. (The soldier ant) Qui donne conseil à un enfant en présence de sa mère.(La fourmi soldate) Contextualiser les devinettes pour les traduire Les devinettes, comme déjà précisée, cherchent à emmener les plus jeunes à une prise de conscience de leur environnent immédiat. Beaucoup de devinettes interrogent sur des connaissances et vérités universelles. Dans les cas pareils, la devinette devient abordable à tous ceux qui désirent participer au jeu. Par exemple, Ibe ji e kobere n’elu na-enye ọkụ n’abali. (Ọnwa) The hanging piece of yam which gives light in the night. (The moon). Igname suspendue qu’illumine le soir. Le monde entier sait que c’est la lune qui illumine le soir et tout le monde sait ce que c’est que la lune. C’est donc une connaissance universelle dont un bon traducteur n’aurait pas de problème à la traduire. Mais les contextes des devinettes ne sont pas toujours universels. Les devinettes sont habituellement construites dans des langues indigènes. Ces langues différentes dans leurs structures syntaxiques, morphologiques et sémantiques ont différentes façons de représenter la réalité. La traduction a toujours été décrite comme une activité interlinguistique et interculturelle. La langue et la culture s’entrelacent et aucune ne peut être dissociée de l'autre. La culture implique un mode de vie populaire. Les personnes d'une même identité culturelle partagent les croyances, les coutumes et le comportement social et sont identifiables par certaines attitudes partagées. Des devinettes sont parfois inventées autour de certains composants de la culture et de mode de vie. Pour qu'un traducteur puisse traduire une devinette, il doit tout d'abord la comprendre. La compréhension, comme nous l'indique Albir, met beaucoup d'éléments contextuels en évidence. Il s'agit notamment du contexte situationnel, du contexte verbal et du contexte socio-historique. Par le contexte situationnel, il IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 27 comprend tous les éléments impliqués dans l'environnement de la parole, y compris les objets, les lieux, les gens et les autres. Le contexte verbal, pour lui, signifie tous les mots et les phrases qui entourent l'énoncé, alors qu'il décrit le contexte socio- historique comme la totalité des événements, des codes, des relations sociales, etc. nécessaires pour comprendre l'énoncé. Tous ces contextes ensemble construisent le sens réel que le traducteur cherche à transférer. Pour traduire ces devinettes bourrées de culture, il faut d’abord les comprendre en les déverbalisant En déverbalisant, ces éléments culturels en partage par les premiers interlocuteurs sont démystifiés. Ce n’est que quand ceci est fait que le traducteur peut choisir la technique la plus appropriée pour sa traduction. (que ce soit le calque, la traduction littérale, la transposition la modulation, l’équivalence) Ci-dessous sont quelques devinettes qui méritent une explication de mode de vie avant d’être comprises et traduites ainsi que les explications nécessaires pour assurer cette compréhension. Devinette Explication nécessaire (1) Ce qui a fait que le roi lèche la cendre. (la poire) (2) Ce que vous avez jeté au jardin et il vous suit à la maison. (La cendre) Dans l’Afrique traditionnelle on faisait la cuisine, pas avec des réchauds à gaz ou à pétrole mais plutôt avec du bois sec. Ces bois, au fur et à mesure qu’ils brulent, laissent de cendre. Pour rôtir les poires, il suffit de les jeter à côté du feu qui brule où le cendre aide à assurer la basse température nécessaire pour les adoucir. Qui mange la poire préparée de sorte lèche la cendre car bien que les poires soient essuyées après, il reste toujours des traces de cendre. C’est encore la norme de collectionner les cendres et les jeter chaque matin avant de faire un nouveau feu pour le jour. Cette cendre est jetée au jardin car elle sert d’enrichir la terre pour IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 28 (3) La serveuse qui prend le kola avant son patron.(l’ongle) l’agriculture. Quand la cendre est jetée, surtout sans bien baisser la main, elle est soulevée par le vent qui l’envoie vers des diverse directions. Le kola dans la société igbo, est offert pour accueillir des visites. Il est béni et partagé en donnant priorité au plus âgés et aux personnalités plus importantes. Il est donc anormal pour une serveuse qui doit être une subordonnée de prendre le kola avant son patron. Les devinettes peuvent être très ambigües. Tout en discutant l'ambiguïté des phrases, qui comprend les devinettes, Cann explique qu’une phrase est dite ambiguë chaque fois qu'elle peut être associée à deux ou plusieurs significations différentes. L'ambiguïté peut se présenter dans une phrase pour plusieurs raisons: par l'attribution de significations multiples à un seul mot, par l'attribution de différentes structures syntaxiques à une phrase ou par l'utilisation de certaines expressions qui peuvent avoir une portée sémantique différente. (86) Fromkin Victoria et Rodman Robert. (64) opinent aussi que «l'ambiguïté résulte de l'arbitraire du langage, des doubles significations». Les devinettes Igbo, tout comme d'autres devinettes peuvent être polysémiques car la même devinette peut signifier des choses différentes dans des contextes différents. Ceci explique pourquoi une seule devinette fait jaillir plusieurs tentatives de réponses. Ces réponses sont multiples parce qu’il existe parfois plus d’une réponse possible à une même devinette. Citons comme exemple l’énigme qui demande le « grimpeur de haute altitude qui grimpe sans échelle ». (Le serpent) Cette devinette est formulée pour faire remarquer avec quelle dextérité un serpent grimpe. Mais la même dextérité se constate aussi chez le singe et le lézard. Pourtant pour une raison inexplicable, les enfants qui répondent avec ces autres animaux, hors de norme, ne reçoivent pas l’approbation des autres participants ni celle de celui qui IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 29 pose les questions. Les solutions à ces puzzles sont apprises par cœur et ne doivent pas en aucun cas changer. Qu'il s'agisse de syntaxe ou de sémantique, l'ambiguïté des devinettes crée beaucoup de problèmes linguistiques, car elle peut nuire à la compréhension et créer de la confusion, empêchant ainsi une communication efficace et parfois complique la devinette à tel point que toute tentative de trouver la bonne réponse n’aboutit pas à la réponse correcte. Les devinettes ont des dimensions spaciotemporelles. Les devinettes naissent et disparaissent en fonction du temps et d’espace. Certaines devinettes perdent d’usage au fil du temps. Un moment qu’une culture de base qui informe la devinette disparait, la devinette disparait avec elle. Si non la réponse à la devinette devient difficile ou impossible à trouver. Les devinettes qui cherchent à savoir « ce que vous avez jeté au jardin et il vous suit à la maison. » (La cendre) et « qui donne conseil à un enfant en présence de sa mère. » (La fourmi soldate) trouvent difficilement de réponses correctes chez les jeunes car la culture de cuisiner avec du bois n’est plus répandue, surtout chez les citadins. Le milieu de fabrication des devinettes détermine la flore et la faune utilisées. Certains arbres et animaux ont des connotations culturelles qui importent sur la formulation, l’interprétation et traduction des devinettes. Le puzzle « Je suis un arbre pleureur. Les gens boivent mes larmes avec joie. Qui suis-je ? » ne peut être deviné que par quelqu’un du milieu où le vin de palme est exploité .Aussi pour bien comprendre et traduire « La serveuse qui prends le kola avant son patron. » la connaissance de base nécessaire c’est de comprendre quel estime et vénération les Igbo attribuent au kola ainsi que l’ordre de partage du Kola. Des connaissances partagées et des présupposés entrent en jeu dans la traduction des devinettes rendant ainsi impossible pour quiconque avec une divergence spatio- temporelle de faire un bon travail de les traduire. Une bonne compréhension de l’axiologie, de la croyance et de la disposition socioculturelle des Igbo est très importante pour que les connotations et les inférences et associations nécessaires soient tirées, ce qui facilitera la compréhension, l'interprétation et la ré-expression des devinettes igbo CONCLUSION Le besoin de traduire les devinettes igbo est imminent vu la globalisation qui érode, avec rapidité, la culture et la langue igbo. La traduction des devinettes igbo vise à sauvegarder ce patrimoine culturel qui est le nôtre. Elle vise aussi à rendre ces devinettes plus accessibles aux non igbophones et par suite contribuer à la culture mondiale. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 30 Mais la traduction des devinettes doit se faire avec beaucoup de méfiance en raison de leur nature spatiale, temporelle et parfois ambigüe. La flore et la faune, la culture et l’usage entrent en jeu dans la formulation et l’interprétation des devinettes. Pour les devinettes basées sur des vérités universelles, chaque personne et chaque culture peut hasarder des réponses. Mais ces devinettes de nature spacitemporelle et bourrées de culture, ne peuvent être bien comprises que par ceux qui partagent une connaissance de base avec ceux pour lesquels les devinettes sont formulées. Le traducteur qui désire faire une traduction fidele des devinettes doit avant tout les contextualiser. Il est encore nécessaire que la culture et la connaissance de base qui informent la formulation de ces devinettes ne gardent aucun mystère pour lui. Œuvres citées Agu Ofodile. Nkuzi Asusu Igbo n’uzo di mfe maka ndi Senio Sekondiri nke abuo. Ibadan :Austin Modest Publishers, 2009. Amparo Hurtado Albir La notion de fidélité en traduction. Paris: Didier Erudition, 1990. Balogun Leo Iyanda. Initiation à la littérature africaine d’expression française. Ibadan: Agoro, 2005. Cann, Ronnie. Formal Semantic: An Introduction. Cambridge : Cambridge University Press, 1993. Chevrier Jacques. Littérature nègre, Paris: Armond Collin, 1974. Eno Belinga. Comprendre la littérature orale africaine Verdun: Editions Saint Paul, 1978. Fromkin, Victoria. and Rodman, Robert. An Introduction to Language. New York: Rinehart and Wintson Inc. 1974. Ladmiral, Jean-René. Traduire : théorèmes pour la traduction. Paris: Payot, 1979. Micro Robert. Dictionnaire du français primordial: Paris: Le Robert, 1980. Ugwu Anthony « la tradition orale comme instrument de valorisation de la culture africaine » Journal of Modern European languages and Literatures. Vol 4 p14 2014 Yule, George. Pragmatics. New York : Oxford University Press,1996.