Microsoft Word - IGWEBUIKE JOURNAL VOL. 3. NO. 1 IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 111 DU MONOLINGUISME AU MONOLINGUISME : FIN DE LA TRADUCTION? Olivia Ezeafulukwe Department of Modern European Languages Nnamdi Azikiwe University, Awka Anambra State Resume Le monolinguisme et le plurilinguisme sont deux phénomènes linguistiques qui plus qu’avant commencent à prendre une importance prépondérante dans les discours aux milieux linguistiques. Les entités linguistiques autrefois monolingues tendent aujourd’hui vers le plurilinguisme tandis que celles qui étaient autrefois plurilingues tendent vers le monolinguisme. Le résultat en est que les langues se mettent en contact avec les effets de cette mise en contact visibles dans toutes les langues du monde. Ce qu’il y a de frappant c’est que les langues se fusent en s’empruntant les unes aux autres. Arrivera t-il un jour une langue universelle ? Est-ce l’histoire qui se répète ? Pour aborder ce sujet il a fallu expliquer d’abord les termes clés, tracer l’évolution linguistique avec un regard particulier porté sur les langues en contact et les effets des contacts des langues. Les combats contre l’infusion des langues où en est-on arrivé ? Une tentative de justification de ces phénomènes était hasardée. Et quel rôle jouera la traduction après la fusion des langues? Mots clés : monolinguisme plurilinguisme, emprunt, intercodification, traduction Introduction Par monolinguisme est compris l’usage d’une seule langue. C’est un phénomène qui peut être individuel ou collectif. Dans un milieu monolingue la seule langue sert alors comme langue de communication, d’enseignement et d’administration. Un individuel monolingue peut exister dans un milieu multilingue. Dans des communautés primitives d’autrefois, les gens étaient monolingues car ils vivaient dans une société close, sans grand contact avec le monde extérieur. A présent, on ne peut plus trouver une situation de monolinguisme absolu car les habitants de la terre sont en mouvement continue soit pour se découvrir, pour découvrir les autres, pour le commerce, pour se divertir, pour évader le mauvais temps et les mauvais jours, soit à la recherche de verts pâturages. Aujourd’hui dans cette ère de voyage et d’interconnectivité, les langues se mettent en contacte et quelques langues cèdent la place aux autres que leurs parleurs ont quelque chose de plus fructueux à offrir au monde extérieur. Le plurilinguisme s’oppose au monolinguisme. Il désigne le fait de parler plusieurs langues. C’est un synonyme de multilinguisme. Le bilinguisme est encore une forme de plurilinguisme sauf que dans ce dernier cas deux langues sont spécifiquement en présence. Le plurilinguisme, tout comme le monolinguisme, est une situation qui peut se manifester dans deux formes. Soit qu’un individu ou une espace IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 112 communautaire se sert de deux ou plusieurs langues dans la communication, ou que des groupes de gens qui vivent comme différentes entités dans leur milieux respectifs mais politiquement liées, sont obligés de cohabiter tout en gardant leurs individualités qui incluent leurs différentes langues. Le plurilinguisme est à la base de certains termes nouveaux tels que l’emprunt, le néologisme, l’intercodification ou l’alternance codique et le mélange des codes, car ce sont des résultats des langues en contact. A notre jour le désir de communiquer et de comprendre son prochain, les échanges, les voyages, les congrès, l’internet et la mondialisation ont rendu le plurilinguisme, pas plus un choix mais une obligation. Les langues se fusent Autrefois la langue latine était une langue dominante. Aujourd’hui on dit de cette langue qu’elle est une langue morte. Mais est-ce vrai de dire que la langue latine est disparue ? La réponse est « non »car dans beaucoup de langues internationales, surtout des langues qui ont eu contact avec la langue latine, nous voyons toujours des mots d’origine latine. En traçant l’origine de la langue française Le Marchand écrit « Né au IVe siècle le Roman est une nouvelle langue issue de la fusion du latin vulgarisé et du celte germanique. Il est à l’origine d’un grand nombre de langues, dont le français….Sous l’influence de Paris, centre politique et culturel, une langue commune s’élabore.[le français actuel] «4) Quand les langues se mettent en contact pour quelques temps, ces langues en contact s’influencent de différentes manières. Les langues concernées peuvent subir des transformations sémantiques, phonologiques ou phonétiques, syntaxiques, ou lexicales. Quelques mots peuvent aussi disparaître. Les langues en contact s’empruntent aussi. Les emprunts interviennent soit pour combler une lacune dans la langue qui emprunte, soit pour faire un effet de style. Vinay et Darbelnet affirment ces effets en discutant l’emprunt. Pour eux l’emprunt trahit « une lacune, généralement une lacune métalinguistique (technique nouvelle, concept inconnu) « (47). A force de coexister pour longtemps et de s’emprunter des mots, une nouvelle langue peut naître issue des mélanges de ces langues en contact. Les pidgins, le créole sont des exemples typiques. Mais dans cette ère de plurilinguisme s’ajoute une autre dimension de l’emprunt. Faire preuve de bilinguisme et de plurilinguisme c’est faire preuve d’être à jour. Donc. L’intercodification/ l’alternance codique se présente comme le moyen le plus efficace pour démontrer qu’on n’est pas monolingue. C’est une manière très efficace aussi pour démontrer combien on est cultivé. Cette situation linguistique d’intercodification a pris une dimension globale car l’emprunt et l’intercodification ne se limitent pas aux langues dites « «sous développées » mais aussi aux langues bien établies du monde. Un coup d’œil sur un dictionnaire de n’importe quelle IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 113 langue d’aujourd’hui exposera les mots empruntés des langues différentes. Descourbes et Paul nous révèlent aussi que la langue française a emprunté beaucoup de mots techniques et abstraits au latin classique : science de scientia, faculté de facultas, communiquer de communicare, fragile de fragilem. Des mots savants étaient aussi empruntés au grec : phrase, strophe, thème, économie, politique, géographie. Ils progressent en étalant une liste des emprunts aux langues modernes. -de l’allemand : halte, képi, landau, obus… - de l’anglais car, bifteck, rail, ticket, tunnel… - de l’arabe: alcool, algèbre, chiffre, zéro… -de l’espagnol anchois, camarade, carapace, zèbre… -de l’italien : attaquer, banque, canon, courtisan, pantalon. -du néerlandais : bague, bouquin, gaufre… -du portugais : cargo, albatros -du tchèque : robot, etc (7) Les mots comme tête-à-tête, rendez-vous, raison d’être et dame sont devenus des mots anglais. Aussi , les jeux tels que basket, tennis, volley ainsi que les mots stop, parking, internet sont importés comme ils existent dans la langue source à la langue française. Frompkin note aussi que » La langue anglaise a beaucoup emprunté. Des 20.000 mots à emploi quotidien, trois cinquième sont des emprunts. » (474) (Ma traduction) O’ Grady et al (300) jettent encore la lumière sur cette affirmation en tabulant quelques mots anglais et d’où ils sont originaires. Langue source Mot emprunté Italian motto,artichoke,balcony,casino,mafia,malaria. Spanish comrade, tonado,cannibal.mosquito, banana,guitar,vigilante, marijuana German poodle,kindergarten,senunar,noodle,pretzel Dutch sloop,coleslaw,smuggle,gin, cookie, boom. Slavic languages czar,tundra,polka,intelligentsia,robot Amerindian languages toboggan,opossum,wigwam,chipmunk, Ottawa, Toronto IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 114 Parfois des mots empruntés subissent des transformations pour les adapter au système linguistique déjà établi dans la langue d’arrivée. Ainsi le mot français enterrement devient maintenant interment en anglais, et le mot anglais stop reste invariable dans sa forme nominale et en forme verbale français, stopper devient un verbe de premier groupe avec l’infinitif en –er, pour l’adapter à la grammaire française. Des emprunts subissent parfois des transformations sémantiques. Bon après-midi, qui devrait être un souhait dans des milieux typiquement francophones se voit prendre le sens d’une salutation dans des pays bilingues tels que le Canada et le Cameroun. Deux cas particuliers issus des langues en contact sont l’intercodification ou le mélange de codes et l’alternance codique. Ces actes linguistiques peuvent s’opérer à dessin ou par hasard. Mais que l’intercodification et l’emprunt s’emploient à dessin ou non, ils sont des indices de la fusion des langues. Cette affirmation se base sur le modèle classique de disparition des langues selon O’Grady et al. qui implique trois générations. ; les parents sont d’abord monolingues, leurs enfants qui acquièrent une nouvelle langue pour devenir bilingues, et les enfants des enfants qui deviennent monolingues ne s’exprimant que dans la nouvelle langue. (O’ Grady et al : 330). Pour progresser donc dans cette communication, ce processus de disparition sera tracé avec des situations qui l’encouragent, l’avenir des langues en contact sera hasardé, ainsi que le rôle que jouera le traducteur dans toutes ces circonstances. D’abord le monolinguisme puis le plurilinguisme et l’intercodification /alternance codique Grâce à la Bible nous pouvons tracer que le monolinguisme précède le plurilinguisme. Le livre de Genèse dans la Bible nous raconte; L’Eternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Eternel dit, voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcheraient de faire tout ce qu’ils ont projeté. Allons, descendons et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue les uns des autres. Et l’Eternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville….(Chapitre 11, Versets 5-8 version Louis Segond) Donc, la diversification des langues n’est qu’un moyen utilisé par Dieu pour déstabiliser l’homme et ôter de lui la solidarité, le travail en commun, la bonne entente, le progrès, la force du travail et le partage que l’homme employait à l’envers. Et la diversification de langue a emmené avec elle la fragmentation des peuples. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 115 Pendant l’ère colonial, les colons sont allés rencontrer des sociétés, autrefois monolingues et closes. Ils leur ont imposé leurs langues, les obligeant le bilinguisme et parfois le plurilinguisme. Les anciennes colonies délaissent leurs langues d’origine pour les langues des colons (comme au Congo, en Côte d’Ivoire, au Nigeria, au Ghana, etc ). Ce qui fait qu’aujourd’hui le futur de la langue française est en Afrique, avec les plus des francophones localisés au Congo. A présent une population importante de la Côte d’Ivoire a la langue française comme langue maternelle à cause des activités des colons. Pourquoi le multilinguisme et l’alternance codique Tant que les peuples du monde bougent d’un pays à l’autre et s’entretiennent l’un l’autre, il y aura toujours des échanges interculturels et donc le multilinguisme. L’intercodification, l’alternance codique, la mutation des langues, l’évolution des langues et la disparition des langues resteront toujours des phénomènes à jour et ne cesseront pas d’occuper une place importante dans les discours des linguistes et des traducteurs. Bref, le contact des langues encourage le multilinguisme et l’intercodification que nous prévoyons qu’ils aboutiront au monolinguisme. La mondialisation et le multilinguisme s’entrelacent et se nourrissent l’un l’autre. L’homme d’aujourd’hui est un citoyen planétaire apte à se déplacer de son milieu à l’autre. Le multilinguisme se présente alors comme un prérequis nécessaire pour se repérer dans n’importe quelle situation ou milieu qu’on se trouve. L’ancien Président américain, M Barrak Obama, un américain d’origine kenyane est devenu président de l’Amérique. Léopold Sedar Senghor, le Sénégalais, était nommé parmi les immortels de l’Académie française. Gustave Eiffel, descendant de la famille Bonickhausen, d’origine allemande, est devenu français et s’est immortalisé avec la Tour Eiffel, un monument qui est devenu un symbole de la France. Pour bien s’équiper pour affronter le futur incertain, l’acquisition de plusieurs langues devient obligatoire. A présent on vit dans l’ère de voyage. A nos jours, contrairement à ce qui s’obtenait avant, les gens entreprennent beaucoup de voyages. Ils entreprennent des voyages amicaux, des voyages officiels, des voyages de découvertes, des voyages de détentes et des voyages d’affaires. Se disposer de deux ou plusieurs langues c’est se munir à bien s’adapter n’importe où qu’on se trouve. Pour un bilingue, l’intercodification n’est qu’un échappement naturel. L’informatique a transformé le monde. Grâce à l’ordinateur et aux réseaux sociaux, on accède facilement aux informations. La seule chose à empêcher un navigateur d’accéder les informations des quatre coins du mondes c’est la barrière linguistique. Puisque les gens désirent toujours se mettre à jour, la connaissance des langues devient utile pour ne pas se limiter, vu le plurilinguisme. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 116 Ajoutées aux raisons déjà avancées qui favorisent l’apprentissage des langues s’ajoute encore cette raison que nous avance Piveteau, J. Au cours des siècles les auteurs français ont fait de nombreux emprunts aux vocabulaires étrangers et notre langue présente de nombreuses traces d’anglicisme ou d’italianisme par exemple. Les connaître c’est mieux connaître notre langue ; c’est se mettre en mesure de l’utiliser d’une façon plus efficace ; c’est comprendre plus profondément quelques-uns des rapports qui ont uni nos pays à quelques moments de leur histoire. (37) Le plurilinguisme est donc encouragé pour la simple raison qu’il aide à apprendre une langue, même notre propre langue. L’intercodification est parfois une forme d’interférence qui s’opère dans le discours d’un plurilingue. Dans d’autre cas, elle se présente comme une manifestation consciente des connaissances linguistiques de l’énonciateur. C’est aujourd’hui classique de trouver les romans et livres ponctués avec des mots étrangers. Un Américain se pense plus apprécié quand il mélange quelques mots de français ou de n’importe quelle autre langue étrangère, dans son texte anglais. Cette attitude d’intercodification ne manque pas ni chez les Français, ni chez les Chinois. Ce n’est donc pas une tendance limitée aux usagers des langues sous-développées mais plutôt une tendance mondiale à laquelle on ne peut pas freiner. Aujourd’hui il n’existe plus de monolinguisme pur car les langues se mettent toujours en contact et s’influencent. Parfois l’intercodification n’est que signe d’une maitrise faible de la langue dont on a besoin. Dans les anciennes colonies, les langues des colons restent toujours les langues officielles bien que maitrisées seulement par un pourcentage assez faible de la population. Wikipedia, documente du Sénégal que ; » […] selon les comptes rendus des estimations effectuées par l'Organisation Internationale de la Francophonie en 2005, 10% des Sénégalais étaient de vrais francophones, 21% étaient partiellement francophones »' (Wikipedia.org/wiki/linguistics.li) (Ma traduction). Le pourcentage restant de 69% parlent donc une des langues indigènes. Pourtant, la langue française reste la langue officielle du Sénégal, dans un pays où il existe 36 langues autochtones, y compris le wolof, parlée par au moins 80% de la population en tant que première ou deuxième langue. Se trouvant dans le besoin de communication parfois dans des milieux officiels, les citoyens se trouvent obligés de manier la langue officielle de manière que leurs niveaux de maîtrise leur permettent. Parfois pour évader d’utiliser les mots ou IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 117 phrases de manières fautives, l’individu peut cacher ce manque de maîtrise par un mélange des deux codes. Quelques langues sont disparues Les langues comme des êtres humains ont une vie. Elles sont nées. Elles grandissent et elles meurent. Pour qu’une langue subsiste, il faut qu’elle soit utilitaire à un grand nombre de personnes. Le pouvoir économique (comme le cas de l’Amérique), le pouvoir politique (comme le cas des langues des colons), le pouvoir électronique (comme c’est le cas de la Chine) peuvent développer une attirance vers une langue. Chaque langue qui enregistre une réduction continue de nombre de parleurs et de milieux d’utilité a déjà pris le chemin d’extinction. Et quand les usagers d’une langue commencent à douter sa valeur, une telle langue commence à perdre ses locuteurs. A ce point, l’intercodification et l’alternance codique se présentent comme les premiers indices de l’extinction d’une telle langue. L’aspect de la rentabilité des langues ne doit pas être négligé. Nulle langue ne planifie de disparaitre. Pourtant ce n’est pas un secret que beaucoup de langues ont disparus, la langue latine par exemple. Et beaucoup d’autres sont en risque de disparition. Les pouvoirs politiques aident à propager une langue. C’est le cas des langues des colons imposées sur les colonies ainsi que quelques langues imposées aux peuples grâce à la politique des nations. En 2003, Le Rwanda a délaissé la langue française pour imposer la langue anglaise à son peuple comme deuxième langue officielle après le Kinyarwanda. Au Nigeria, comme dans beaucoup de pays africains, la politique nationale favorise l’apprentissage de la langue anglaise. Comme langue vernaculaire, on a imposé trois langues (haoussa, igbo, yorouba). En Europe et ailleurs, l’histoire est la même. En France par exemple, la langue qui se dit française aujourd’hui n’est que la forme de la latine vulgaire, et elle a dominé et remplacé les langues qui existaient même avant elle, puisqu’elle a bénéficié de l’appui politique du roi de la France d’alors. Les langues qui ne reçoivent pas assez d’encouragement meurent avec le temps pour céder la place aux autres plus bénéfiques ou imposées. Imaginons vers quelle direction chemine tout ceci. Nulle langue aujourd’hui ne peut se vanter se servir seulement du vocabulaire de la langue originelle. La plupart des gens préféreront que leurs langues maternelles ne meurent pas, pourtant ils pratiquent l’intercodification et le mélange des codes. Ces nouvelles tendances provoquent l’inquiétude. Cette inquiétude a pris une dimension globale car nulle langue n’en échappe. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 118 Dans le but d’aider les langues vernaculaires à survivre, certaines langues ont vu la naissance des organismes de soins linguistiques. La tâche majeure de l’Académie française c’est de soigner la langue et aussi régler les mots étrangers qui infiltrent la langue française chaque année en mille. Et pour les langues avec moins de locuteurs, que l’anglais et le français, la situation n’est pas moins inquiétante. Les mouvements se forment pour encourager l’usage des langues vernaculaires et décourager l’intercodification. Chez les Igbo du Nigeria, pour encourager plus l’usage de la langue igbo et par conséquent éviter sa disparition, un mouvement Otu subakwa igbo qui essaie de décourager l’intercodification, a vu le jour. Le but majeur aujourd’hui d’acquérir une nouvelle langue, ce n’est plus de parler, agir ou imiter les parleurs originaux mais plutôt de communiquer avec les usagers parfois, hors de leur cadre linguistique. Beaucoup de versions de la langue française se développent chez les usagers et nulle ne peut être dite incorrecte puisque toutes les versions servent à communiquer dans les milieux où elles sont utilisées. Chaque version véhicule les réalités de son milieu et gardent donc des mythes pour les autres. C’est en réalisation de cet état des faits que Kourouma écrit Pour raconter ma vie de merde (…) je possède quatre dictionnaires. Primo Le dictionnaire Larousse et le petit Robert, secundo l’inventaire des particularités lexicales du français en Afrique Noire et tertio le dictionnaire Harrap’s… Il faut expliquer parce que mon blablabla est à lire par toute sorte des gens : des toubabs (toubab signifie blanc) colon, des Noirs indigènes sauvages d’Afrique et des francophones de tout gabarit (gabarit signifie genre) (9). Kourrouma dit alors qu’il a ces dictionnaires pour son travail, un dictionnaire français/français, un dictionnaire français des Africains, le dernier dictionnaire pour expliquer aux Français quelques mots africains devenus français. Pas même l’académie française ne peut quelque chose sur l’infiltration des mots étrangers dans la langue française Le plurilinguisme est un phénomène en vogue. L’intercodification/ mélange de code, issu du plurilinguisme et de langues en contact, est aujourd’hui une démonstration de connaissance. Des phrases comme « Elle attend dans le parking » n’attirent plus d’attention car c’est devenu habituel. En disputant combien c’est difficile pour l’Académie française de régler ou même d’empêcher l’emprunt des mots, Frompkin nous avertit que « Il y a quelques années que l’Académie française a promulgué une loi contre l’usage du franglais, des mots d’origine anglaise comme le parking, le weekend et le hotdog. Pourtant les Français continuent à s’en servir » (475) (Ma traduction) IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 119 Et malgré tout effort fait par des cultures différentes pour sauvegarder leurs langues contre l’infiltration des mots étrangers, nulle langue n’a remporté ce combat. Ni la France avec l’Académie française, ni la Chine avec le Confucius Institute, ni le peuple igbo avec le mouvement de Subakwa Igbo, ne peut empêcher cet échange en cours. A ce propos Jacques Chirac adresse ce discours à la francophonie. Soyons solidaires des défenseurs, ou des promoteurs des autres espaces linguistiques (…) Notre combat commun permettra de conjurer ce risque immense qui existe aujourd’hui d’un monde où l’on parlerait, où l’on penserait, où l’on créerait dans un moule unique.(…) ce risque est aggravé aujourd’hui par la prépondérance d’une seule langue sur les vecteurs modernes de la communication. Chirac n’est donc pas ignorant qu’il y ait une langue qui commence déjà à étouffer les autres. Le plurilinguisme est mère de l’intercodification et la mondialisation, deux phénomènes qui cheminent vers le monolinguisme. Jacques Chirac prêche la diversité culturelle, bien que la langue française ait une place privilégiée dans l’OIF et si cela continue encore pour longtemps, ces pays membres réussirons à supprimer leurs langues vernaculaires pour les remplacer avec la langue française, qui reste d’ailleurs le lien majeur des pays membres. Ceci parce que le monolinguisme est beaucoup recherché dans ces colonies car la stratification issue de multiplicité des langues dans ces pays résulte en stagnation du progrès. Mais du monolinguisme se déclencheront l’échange, la bonne entente, la paix, la justice, le manque de préjugée, la fraternité, un monde d’ordre nouveau. Dans beaucoup de ces pays les langues vernaculaires sont si nombreuses qu’on ne peut pas sélectionner une de ces langues pour langue officielle du pays sans provoquer l’amertume et agitations des autres usagers des langues non-sélectionnées. C’est pour cette raison que les langues des colons ont survécu en Afrique et ailleurs. Mais est-ce l’utopie de croire que le monde tend vers le monolinguisme ? Les pays autrefois monolingues, avec les langues des minorités supprimées, commencent à agiter avec des réclamations. En France, au Nigeria et ailleurs, l’histoire est la même. Chacun veut se particulariser et se concevoir comme différent. La langue véhicule une culture et donne l’identité à l’homme. Néanmoins, les agitations des locuteurs ne suffissent pas pour faire progresser, et faire subsister une langue car chaque acte humain est fondé sur un bénéfice espéré. C’est l’utilité d’une langue qui pousse les gens à désirer en être courant. Ce n’est que IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 120 les puissances économique, politique et technologique qui semblent déterminer les langues de choix au monde. Maintenant la Chine est une puissance émergente et ceci explique pourquoi un intérêt récent à l’apprentissage de la langue chinoise. Mais www.axl.cefan.ulaval.ca/langues/2vi en parlant de la mort des langues nous expose que « la mort des langues n’est pas un phénomène nouveau. Depuis au moins 5000 ans, les linguistes estiment qu’au moins 30,000 langues sont nées et disparues, généralement sans laisser de trace….au cours de trois dernières siècles, pendant que l’Europe perdait une bonne dizaine de langues, l’Australie et le Brésil, par exemples perdaient plusieurs centaines. En Afrique plus de 200 langues comptent déjà moins de 500 locuteurs… Selon une étude de l’UNESCO (commencée en 1997 et dont le rapport fut diffusée en 2002) pas moins de 5500 langues sur 6000 disparaitront d’ici un siècle….Cela signifie que 90% des langues actuelles seront liquidées au cours de ce siècle« Le linguiste français Claude Hagege ,dans France culture, contribue à cette documentation en notant que « ... en moyenne, il meurt environ 25 langues chaque année. Il existe aujourd’hui dans le monde 5000 langues vivantes. Dans cent ans, si rien ne change, la moitié de ces langues seront mortes. A la fin du XXIe siècle, il devait donc en rester 2500envirion, et sans doute beaucoup moins encore si l’on tient compte d’une accélération fort possible, du rythme de disparition» Une langue commence à disparaitre dès qu’elle n’enregistre plus d’expansion. Une langue peut mourir en raison de ses usagers qui périssent suite à une guerre, une maladie contagieuse ou endémique. » Selon les estimations, un pourcentage aussi important que 95% de la population indigène de l’Amérique du nord, sont morts des maladies issues des colonialistes européens. » (O’ Grady et al:2011) (Ma traduction) Des langues meurent aussi puisqu’elles sont bannies. Les langues peuvent être bannies pour des raisons politiques. Nulle autre langue que le russe n’était permis par les Tsars. L’usage de l’Ukraine, le Lithuanien, le Georgin, l’Arménien, l’Azéri et toutes autres langues nationales était bannies (421-422) Des langues bannies meurent après quelques décennies, car elles ne trouvent plus de locuteurs. Les langues peuvent aussi mourir naturellement surtout quand la culture sur laquelle la langue est fondée n’a pas beaucoup à offrir au monde extérieur. De telle langue perd alors ses fonctions de communication dans la vie sociale et par conséquent n’est plus pratiquée au quotidien. Les parleurs des langues non- fructueuses adoptent les langues qui leur donnent plus d’accès à l’éducation et à l’économie. Les langues anglaise, espagnole, française sont trois exemples typiques des langues qui gagnent ainsi beaucoup plus de parleurs. Personne ne pourrait imaginer que la langue latine disparaisse comme elle a fait après avoir dominé le monde chrétien pour aussi longtemps. Mais le moment que les gens ont commencé à IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 121 mettre en cause la domination religieuse, et à s’en détacher, la langue latine, qui était la langue véhiculaire du christianisme, a commencé aussi à perdre ses parleurs. Mais la langue latine n’est pas la seule à mourir. D’autres langues telles que la langue manx, une langue parlée dans une petite île entre la Grande Bretagne et l’Irlande, a vu mourir son dernier parleur en 1974. Des 300 langues autrefois parlées dans la région désignée aujourd’hui comme la Grande Bretagne, il ne reste que 175 langues, la majorité desquelles sont en voie de disparition. Le processus accéléré vers le monolinguisme est très évident avec les langues qui disparaissent et les autres qui se fusent. C’est aussi vrai qu’une langue sans autonomie politique ou pourvoir politique doit son maintien à la volonté de la majorité dominante, et elle meurt le moment qu’elle perd l’appui de cette majorité. Les locuteurs d’une langue en voie d’extinction commencent d’abord à acquérir une autre langue. Ils deviennent alors bilingues. Et selon www.axl.cefan.ulaval.ca/langues/2vi « le bilinguisme…est simplement un moyen que prend un peuple pour changer la langue parce que la première ne lui apparait plus utile ». L’intercodification se constate pendant la première démarche vers l’apprentissage d’une langue. Et comme d’habitude les enfants des bilingues finissent par être monolingues dans la nouvelle langue. La traduction La traduction est née du désir inhérent en l’homme de comprendre son prochain pour faciliter les échanges. Ladmiral la conçoit comme « toute forme de médiation interlinguistique permettant de transmettre l’information entre locuteurs de langues différentes » (87). La traduction est à la fois un acte linguistique et culturel. Mais avec l’intercodification en vogue et dans cette vitesse alarmante que les mots s’infiltrent dans les langues différentes, on ne peut qu’imaginer qu’il va arriver au point où l’étymologie des mots ne peut plus être établie étant donné que les langues se prêtent des mots. Pour appuyer sur cette réalité qui se dévoile lentement Vinay et Darbelnet disent »Il y a des emprunts anciens, qui n’en sont plus pour nous, puisqu’ils sont rentrés dans le lexique et deviennent des servitudes…. Ce qui intéresse le traducteur, ce sont les emprunts nouveaux…(47) Et il arrivera encore un moment où tout le monde commence à se comprendre. Les plus fortes langues auront supprimé les plus faibles et à force de continuer les échanges, les vocabulaires de peu de langues restantes se fuseront. Bref, il s’agit ici de la neutralisation de la diversité linguistique qui aboutira au développement d’une langue universelle. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 122 La traduction vient lier et enchainer les hommes et les aider à communiquer entre eux. Elle intervient pour débloquer ceux qui sont linguistiquement bloqués. N’est-ce pas à cause du blocage que les services du traducteur trouvent une place ? Mais au moment où le monde entier commencent à se comprendre quel rôle jouera alors la traduction ? Conclusion Le monolinguisme et le bilinguisme s’échangent des tours et d’une vitesse alarmante dans ce siècle. L’intercodification et l’alternance codique sont en vogue à cause des langues en contact. Tout ceci indique que d’ici quelques siècles, on ne parlera plus de défis à la traduction mais plutôt d’un anéantissement presque total de la traduction car les langues se fuseront en une seule langue universelle. Ce sera la naissance du monolinguisme absolu. Mais cela aboutira à une vie meilleure puisque les idées seront maintenant passées sans intermédiaires, éliminant beaucoup de fautes de traduction avec leurs conséquences parfois sinistres. Puisque la langue véhicule la culture, on développera aussi une culture mondiale. Les préjugés issues des diversités linguistiques seront éliminées et à leurs places la compréhension de tous et par conséquent la bonne entente. Œuvres Citees Collins English Dictionary and Thesaurus. England : Harper Collins Publishers, 2006. Chirac Jacques, « Discours sur la dimension universelle de la francophonie » Hanoï, le 14 novembre 1997. Web. 17 Nov. 2015. discours.vie- publique.fr/notices/97 Descourbes, Françoise and Paul, Joëlle. 4e Grammaire. Paris : Bordas, 1992. Frompkin, Victoria. An Introduction to Language , 8th Ed. United States: Thomson/ Wadsworth, 2005. Hagege Claude « Halte à la mort des langues» France culture www.franceculture.fr/oeuvre.halte Web. octobre, le 29, 2015. Kourouma, Ahmadou. Allah n’est pas obligé. Paris : Seuil, 2000. Ladmiral, J.R. Traduire : théorèmes pour la traduction. Paris : Payot.1979. Languages of Senegal Wikipedia.org/wiki/languages_ of_Senegal Web 20 mai, 2015. Le Marchand, Veronica. La francophonie. Toulouse : Milan, 2006. IGWEBUIKE: An African Journal of Arts and Humanities Vol. 3 No 1, January 2017. ISSN: 2488-9210(Online) 2504-9038(Print) (A Publication of the Augustinian Institute in collaboration with AATREPSCHOLARS) 123 O’ Grady, William et al. Contemporary Linguistics: An Introduction. Second Edition. London: Pearson Education Ltd, 2011. Piveteau, J. Perspectives : L’actualité des langues vivantes. Paris IV : Ligel 1955. Segond, Louis. La sainte Bible (Une traduction) Corée : Alliance biblique universelle, 2005. Vinay, J.P et Darbelnet, J. Stylistique comparée du français et de l’anglais. France: Didier, 1977. La mort des langues, www.axl.cefan.ulaval.ca/langues/2vi Web. octobre, le 29, 2015.