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  COHABITATION DES CATHOLIQUES ET DES MUSULMANS (1960-2011)

Thierry Hugues ADOUBI
Département d’histoire, Université Alassane Ouattara – Bouaké (Côte d’Ivoire)

Résumé :
  Cette  contribution  se  propose  de  jeter  un  regard  rétrospectif  sur  la  question  de  la 

cohabitation  des religions en  Côte  d’Ivoire,  en  général  et  sur  les  rapports  entre  chrétiens  et 
musulmans en particulier. Depuis l’indépendance jusqu’à ce jour, les relations entre ces deux 
groupes  religieux ont  évolué  en  dents  de  scie.  Ces  relations  commencées  sous  de  meilleurs 
auspices au lendemain de l’indépendance, sont mises à mal par l’introduction du concept de 
l’ivoirité  dans  le  paysage  sociopolitique.  Cette  fracture  va  s’accentuer  à  partir  de  2002  à 
l’occasion de la crise militaro-politique. Ces crises successives sont parvenues à créer un nord 
musulman  opposé  à  un  sud  chrétien.  Cependant  la  résilience  des  deux  communautés  va 
favoriser une nouvelle ère de cohabitation.

  Notre  méthodologie  combine  recherche  documentaire  et  observation  directe  suivant 
les centres d’intérêts de notre étude. Nous sommes parvenu à déceler trois phases essentielles 
dans  les  rapports entre catholiques et musulmans en  Côte  d’Ivoire.  Il  y’a  d’abord  une 
première  phase qui  est pacifique,  une deuxième  phase conflictuelle  et  une troisième phase 
tente un rapprochement.

Mots-clés : Côte d’Ivoire, Cohabitation, chrétien, musulman, ivoirité, crises

A LOOK AT THE LIVING TOGETHER OF CULTS IN CÔTE D’IVOIRE:
  CHRISTIAN-MUSLIM COHABITION (1960-2011)

Summary :
  This contribution aims to take a retrospective look at the question of the coexistence of 

religions in Côte d'Ivoire, in general, and at the relationship between Christians and Muslims 
in  particular. Since  independence  until  today,  the  relations  between  these  two  cults  have 
evolved  unevenly.  These relations,  which  began  under  better  auspices  in  the  aftermath  of 
independence,  were  undermined  by  the  introduction  of  the  concept  of  Ivorianity  into  the 
Ivorian socio-political landscape. This fracture will be accentuated from 2002 on the occasion 
of the military-political crisis. These successive crises succeeded in creating a Muslim north 
opposed to a Christian south. However, the resilience of the two communities will promote a 
new era of cohabitation of the two cults.

  Our methodology combines documentary research and direct observation according to 
the  areas  of  interest  of  our  study.  We  have  managed  to  identify  three  essential  phases  in 
Christian-Muslim  relations  in  Côte  d'Ivoire,  there  is  first  a  first  peaceful  phase  of 
cohabitation, the second phase is conflictual and the third attempts a rapprochement.

Keywords: Ivory Coast, Cohabitation, Christian, Muslim, ivoirity, crisis

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mailto:adoubilegrand@yahoo.fr
mailto:huguesadoubi@uao.edu.ci


INTRODUCTION 
 

Au lendemain de l’indépendance, les autorités politiques d’alors, ambitionnant de 
construire un Etat fort et pacifique, optent pour le pluralisme politique et religieux. Par ce 
choix, l’Etat ne doit pas être un frein ou un obstacle à l’implantation et à la libre pratique 
cultuelle. En même temps, il doit garantir la liberté politique et religieuse. Ce choix va 
favoriser l’implantation de plusieurs groupes religieux au nombre desquels le catholicisme et 
l’islam. Ces deux groupes sont les plus nombreux et influents dans le paysage religieux. Il va 
alors se poser la question de la cohabitions de ces groupes cultuels. Conscients du poids qu’ils 
représentent et soucieux de contribuer à la stabilité du nouvel Etat, les différentes hiérarchies 
n’ont ménagé aucun effort pour créer un environnement sain et propice à une cohabitation 
réussie des deux communautés. Cependant, tous les efforts vont être annihilés par les 
répercussions des crises socio-politiques qui scandent l’histoire de l’Etat ivoirien. Ces 
différentes crises vont mettre à mal la cohésion des cultes et dresser un mur de méfiance et de 
suspicion entre les communautés au point où un acte anodin peut aboutir à un affrontement 
inter-religieux. Au vu de la fluctuation des circonstances et des rapports entre ces deux 
communautés, n’est-il pas légitime de se questionner sur la dynamique de l’évolution des 
relations entre catholiques et musulmans dans l’Etat postcolonial ? Autrement dit, quelles sont 
les principales phases de l’évolution des rapports entre catholiques et musulmans. 

La réponse à cette question nous commande de recourir à une méthode d’approche. 
Par méthode d’approche nous entendons  

L’ensemble des procédés, quant à un objet à étudier, qui permettent d’atteindre à un 
résultat dont la clarté et la précision entraînent l’adhésion. C’est donc un cadre de 
réflexion, défini par rapport à l’objet à connaître, lequel, par sa nature, influe 
nécessairement sur les moyens mis en œuvre (J. Tchéro, 2009, p. 30).  

La nôtre se résume en quatre étapes essentielles : la mobilisation de la documentation, le 
traitement de l’information par la double opération critique : externe et interne, l’extraction du 
fait historique et pour finir, l’organisation en un corps de science. Notre collecte nous a amené 
dans un premier temps vers les ouvrages d’auteurs dont les plus significatifs sont ceux de 

Laurent Assouanga, (2019, pp. 17-60), de Thomas Bassett, (2003, pp. 13-27), de Navigué 
Félicien Coulibaly, (2012, pp. 335-352), de Marie Miran-Guyon, Bony Guibléhon, (2018, 21 

p). L’examen minutieux de tous ces ouvrages a permis de recueillir des données éparpillées 
relatives à notre thématique. A ces données, nous avons joint les informations glanées dans 
des rapports et des coupures de presses. Aussi, en tant qu’observateur extérieur du fait 
religieux nous avons été témoin, de visu et de auditu, des principaux événements du champ 
religieux en Côte d’Ivoire de ces dernières décennies. Ces données obtenues ont été 
rapprochées les unes aux autres dans une dynamique d’écriture de cette histoire. La présente 
étude se présente en trois points. Le premier point présente l’ère de l’enthousiasme dans les 
relations entre les catholiques et les musulmans, le deuxième point penche sur les tribulations 
de cette cohabitation, le troisième point met en exergue les différents aspects de la résilience 
des communautés. 

1- L’ERE DE L’ENTHOUSIASME DANS LA COHABITATION CATHOLIQUES ET 
MUSULMANS 
 

Pour faciliter la cohabitation entre les religions, l’Etat postcolonial, à travers sa loi 
fondamentale, à poser les balises et les règles devant réguler les actes des groupes cultuels. 
Ces règles vont permettre une saine cohabitation des différentes communautés religieuses. 

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1-1. Un aperçu des fondements juridico-politiques du vivre ensemble des religions en 
Côte d’Ivoire 
  

Les fondements de cette cohabitation des groupes religieux s’appuient sur trois 
principes essentiels : pluralité, laïcité et neutralité. 
 

 L’heureuse idée de maintenir et consolider le caractère pluriel de la Côte 
d’Ivoire.  
« La société ivoirienne est fondamentalement plurielle : pluralité d’ethnies, pluralité de 

cultures, pluralité de choix idéologiques et pluralité de religions. »1 En effet, en 1960, à la 
proclamation de son indépendance la Côte d’Ivoire est déjà confrontée au poids des 
obédiences et groupes cultuels qui se disputent la primauté du paysage religieux. L’Islam, 
depuis le XVe siècle est présent sur le sol ivoirien, le Catholicisme avec cinq diocèses, en 
1960, est aussi solidement implanté ; les protestants arrivés par vagues successives entre 1924 
et 1958, vont se regrouper en plusieurs fédérations dont la Fédération Évangélique de Côte 
d’Ivoire (FECI2) créée en 1960 (R. Blé) Enfin, on a les cultes dits syncrétiques3 qui rivalisent 
d’ardeur avec les autres pour plus de visibilité dans le champ religieux. En 1990, la Direction 
des cultes dénombre 125 groupements religieux au nombre desquels le Bouddhisme, l’Eglise 
de l’unification de Moon, la Foi Bahaï, l’Association Internationale de la Conscience de 
Krishna, etc. (K. Marc, 1997, p. 168). Le tableau ci-contre nous donne la réalité religieuse en 
Côte d’Ivoire, deux décennies après l’indépendance.  

 
Tableau I : Répartition de la population ivoirien par religion et en pourcentage en 1980 
 

RELIGIONS EFFECTIFS POURCENTAGE 
CATHOLIQUES 2.245.762 20,76 
PROTESTANTS 572.376 5 ,30 
HARRISTES 154.069 1,42 
MUSULAMANS 4.182.410 38,67 
ANIMISTES 3.292.429 30,44 
AUTRES 368.648 3,41 

Source : Kouamé Kouakou Marc, Etat et Eglise catholique en Côte d’Ivoire de 1960 à 1990, p. 169 
 
Les autres estimations qui ont suivi n’ont fait que confirmer le dynamisme et le caractère 
pluriel du paysage religieux ivoirien : en 2008 les statistiques de la Direction de cultes 
révèlent 32,9 % de chrétiens, 38,6 % de musulmans et 11, 9 % pour les religions 
traditionnelles et 12% pour les animistes. Les chiffres du Recensement Général de la 
Population et de l’Habitat (RGPH) de 2014 révèlent une autre configuration religieuse : 
l’Islam 42,9 %, le Catholicisme 17,2 %, les évangéliques 11,4 %, les autres religions 
chrétiennes 2,2 % et les méthodistes avec 1,7 %.  

Le constat est sans équivoque, les statistiques et les chiffres montrent la dynamique de 
croissance des religions et le caractère pluriconfessionnel de l’espace religieux ivoirien. Dès 
lors s’est trouvé posée la question des règles de conduite permettant aux différentes 

                                                             
1
 Allocution du Directeur de cabinet adjoint du ministre de l’Intérieur à l’ouverture de la conférence sur 

‘’religion et droits humains’’. Son intervention a porté sur le thème suivant : "la laïcité de l’État de Côte 
d’Ivoire" 
2
 C’est une alliance évangélique nationale, affiliée à l'Alliance évangélique mondiale. Elle regroupe 42 

dénominations chrétiennes évangéliques, 21 dénominations chrétiennes évangéliques, 20 organismes 
et 15 missions.  
3 Il s’agit du culte Harriste fondé en 1928, du culte papa nouveau fondé en 1937 et du culte déhima 
fondé en 1940. Telle était la configuration religieuse ivoirienne au lendemain de l’indépendance. 

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communautés confessionnelles ivoiriennes de vivre ensemble dans le respect mutuel4. 
Contrairement à certains Etats, qui à l’accession à l’indépendance, ont rendu les religions 
dominantes en religion d’Etat, la situation de la Côte d’Ivoire est particulière et très différente. 
Comme les chiffres le montrent, aucune religion n’a une ascendance sur l’autre (M. Miran-
Guyon, B. Guibléhon, 2018). Aucun politique ou religieux ne pouvait prendre le risque 
d’imposer une religion comme unique dans un pays pluriel. Il fallait donc maintenir cette 
situation afin de garantir la cohésion sociale du nouvel Etat. Autrement dit, cette réalité de 
l’espace religieux ivoirien au lendemain de l’indépendance ne pouvait qu’imposer au nouvel 
Etat l’acceptation de la diversité religieuse. 

 

 La proclamation de l’Etat laïc comme acceptation du vivre ensemble 
La diversité confessionnelle de la société civile ivoirienne a conforté les autorités 

politiques d’alors dans leur choix pour un Etat laïc. La préoccupation première de l’Etat 
postcolonial était de parvenir à fédérer et de concilier toutes ces croyances pour créer « un 
tout indivisible » (H. Pena-Ruiz, 2003, p. 21) afin d’éviter des situations extrêmes ou des 
conflits interreligieux aux conséquences désastreuses. L’expérience a montré que le 
radicalisme religieux prospère souvent, là où les religions se sentent embrigadées parce 
qu’elles doivent obligatoirement s’acculturer aux valeurs et prescriptions de l’Etat. Pour cette 
raison, la laïcité n’était pas une alternative, mais une nécessité pour la nouvelle République 
qui cherchait à poser les jalons d’une saine cohabitation de toutes les sensibilités sociales 
présentes sur son sol. Cette option de laïcité établit, entre les citoyens et toutes les couches 
socio-professionnelles, les règles essentielles du vivre ensemble fonder sur les principes 
d’égalité et de liberté. A ce titre, Henri Pena-Ruiz (2003, p. 21) déclare :  
 

Le laïc est l’homme du peuple, qu’aucune prérogative ne distingue ni n’élève au-
dessus des autres : ni rôle reconnu de directeur de conscience, ni pouvoir de dire et 
d’imposer ce qu’il croit. Ce peut être le simple fidèle d’une confession, mais aussi 
celui qui adopte une vision du monde athée, dont la conviction fondatrice est 
distincte de celle qui inspire la religion.  
 

Ce choix d’un Etat laïc a été clairement libellé dans les différentes constitutions qu’a eues la 
Côte d’Ivoire en ces termes : « La République de Côte d’Ivoire est une et indivisible, laïque, 
démocratique et sociale » Pour s’en convaincre, il n’est que de se référer aux article 2 de la 
Constitution de 1960, 30 de la Constitution de 2000 et 49 de la Constitution de 2016. Hormis 
ces articles mentionnés dans les lois fondamentales, il n’existe en revanche, aucune loi 
organique encadrant le fonctionnement de la laïcité en Côte d’Ivoire, chose qui peut conduire 
à des dérives ou à des abus. C’est ce qui fait dire à Marie Miran-Guyon (2014, p. 2) que « La 
laïcité ivoirienne est en voie de construction ». Il est bien vrai que cette laïcité soit « un 
chantier inachevé » (M. Miran-Guyon, 2014, p. 2) cependant, il est honnête de reconnaître 
que ce régime est parvenu à garantir la liberté religieuse en Côte d’Ivoire et à poser les balises 
et les conditions de rapprochement des différents cultes. Ce régime a aussi permis, jusqu’à 
présent une cohabitation quasi pacifique entre les groupes cultuels de régler les rapports entre 
l’Etat et les religions. Cette évidence est reconnue par Alassane Dramane Ouattara, alors 
candidat du Rassemblement Des Républicains (RDR), en ces termes : 
  

Tous ceux qui me connaissent savent bien que je suis attaché au caractère laïc de la 
République et je l’ai démontré quand j’étais aux affaires. La Côte d’Ivoire doit 
demeurer comme telle. Les peuples de divers pays, de diverses origines ont cohabité 

                                                             
4
 Allocution du Directeur de cabinet adjoint du ministre de l’Intérieur, doc. cit. " 

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paisiblement en Côte d’Ivoire, les religions aussi. La tolérance a toujours régné dans 
mon pays (Le jour, n° 1428, 1999, p3). 

 

 L’équilibrisme comme mécanisme palliatif au déficit de neutralité de l’Etat 
L’Etat de Côte d’Ivoire depuis son indépendance proclame son caractère non 

confessionnel. Ce principe l’oblige à ne professer aucune foi, à n’adhérer à aucune religion, à 
ne privilégier particulièrement un groupe au détriment des autres. Cependant, « Qu'on le 
veuille ou non, la religion a une fonction sociale parce que l'homme est un tout et qu'il ne peut 
faire arbitrairement abstraction de ses convictions religieuses dans son comportement 
citoyen » (Y. Ledure, 1978). Cette sentence traduit la difficile application du principe de 
"neutralité" tel que proclamé et décrit par l’Etat ivoirien. Fut-il citoyen lambda, ministre, 
président, religieux, où tout autre personne, les décisions, les agissements et le comportement 
de l’individu en société sont influencés par ses convictions religieuses et spirituelles. 
Quelques attitudes et agissements de certains Chefs d’Etat ivoirien pour étayer notre 
affirmation. Félix Houphouët Boigny, premier président ivoirien, catholique depuis l’âge de 
10 ans, voulut honorer sa confession religieuse 
 

En nommant dans son premier gouvernement, de nombreux cadres catholiques aux 
hautes fonctions de l'Etat. Ainsi, Philippe Yacé devient premier Secrétaires général 
du parti PDCI au pouvoir ; Joseph Pango, ancien scout devient Chef de la Fanfare de 
la Gendarmerie Nationale : c’est lui le traducteur de l’hymne national en chant ; 
Amani Goli et Lambert Amon Tanoh, anciens élèves du Petit Séminaire de 
Bingerville, occupent respectivement les postes d’Inspecteur des impôts et de 
Ministre de l’Education Nationale ; Jean Delafosse, ex-président du Conseil 
paroissial de Notre Dame de Treichville, devient Ministre de la Fonction Publique, et 
Paul M’bayablé Kouadio, ancien scout, devient Ministre de la Défense (E. Yao Bi, 
2009, p. 121-121).  
 

C’est aussi le cas de Laurent Gbagbo, président pentecôtiste, qui a hissé son mouvement 
religieux au rang d’acteur incontournable dans le champ politico-religieux sous sa présidence. 
Les dix années passées au pouvoir sont considérées comme l’âge d’or de ce mouvement 
religieux. Que dire aussi des accointances du président-musulman, Alassane Dramane 
Ouattara, avec l’islam qui a fait son irruption dans le jeu politique. Pour ne citer que ces cas. 
« Cette absence de neutralité de l’État pose également la question de l’égalité de traitement de 
toutes les religions. Non seulement, les autres religions sont délaissées par l’État, mais ce 
dernier ne semble pas suffisamment impartial de sorte à opérer un partage équitable entre les 
religions » qu’il choisit de privilégier, fait remarquer le philosophe Sylvain Zamblé. Face à la 
difficulté pour l’Etat d’appliquer, à la lettre et dans l’esprit, le principe de neutralité, depuis 
l’indépendance il est mis en place un système d’équilibrisme pour contenter autant que se 
peut les différents cultes présents en Côte d’Ivoire. Les autorités politiques ont vite compris 
que dans un Etat qui a adopté le régime de la laïcité, la clé de voûte pour une paix sociale 
solide et durable entre les différentes communautés religieuses est de ne pas privilégier, 
ostensiblement, un groupe au détriment de l’autre. Tous les présidents qui se sont succédé ont 
essayé, tant bien que mal, de conformer leur rapport avec les cultes à cette règle essentielle de 
cohabitation religieuse. Pour s’en convaincre il n’est que d’observer ces quelques exemples 
d’équilibrisme : Houphouët bien que catholique a été l’initiateur d’une levée de fond pour la 
construction d’édifices religieux à Abidjan et l’intérieur du pays. Le montant généré par cette 
cotisation a été réparti comme suit : 1 milliards 350 millions de FCFA aux musulmans, 1 
milliard 450 millions de FCFA aux catholiques et 650 millions de FCFA aux protestants (F. 
N. Coulibaly, 2012, p. 348). Henri Konan Bédié, aussi catholique, à l’image de son 
prédécesseur qui a offert au catholicisme la plus grande basilique du monde, est à l’origine de 

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la construction, en plein centre-ville, Plateau, d’une des plus grandes mosquées de la Côte 
d’Ivoire. Laurent Gbagbo, président pentecôtiste, donne tout son sens à cette règle, en créant, 
en mars 2003, en pleine crise militaro-politique, un ministère entièrement dédié aux cultes. A 
ces actes qui portent l’empreinte personnelle de certains chefs d’Etat, relevons les subventions 
et l’assistance accordées aux cultes chrétiens et musulmans pour l’organisation des 
pèlerinages, des temps d’antenne, à la Radiodiffusion et Télévision Ivoirienne (RTI), accordés 
aux groupes cultuels pour publiciser leurs activités et se rendre plus visible dans le champ 
religieux ivoirien : les dimanches pour les cultes du christianisme, les jeudis pour l’islam. Cet 
équilibrisme au sommet de l’Etat a permis de garantir la cohésion entre les cultes. 
 
1.2- Les catholiques et les musulmans s’approprient le vivre ensemble 
 

L’Etat ivoirien, au lendemain de son accession à l’indépendance établit les balises de 
cohabitation des différentes religions exerçant sur son territoire, en proclamant les caractères 
pluriel, laïc et neutre de la nouvelle république. Les guides religieux vont s’approprier cette 
volonté étatique et feront autant que se peut pour impulser une nouvelle dynamique à ce vivre 
ensemble.  
 

 L’Eglise catholique et la construction du vivre ensemble 
A la proclamation de l’indépendance, le paysage religieux était animé par plusieurs 

groupes cultuels. Le Catholicisme, malgré les avantages du pouvoir colonial et des faveurs 
exceptionnelles et du soutien indéfectible du président Félix Houphouët-Boigny, n’est pas 
parvenu à s’imposer comme la religion d’Etat. Sa hiérarchie étant donc consciente de cet état 
de fait n’a ménagé aucun moyen pour faciliter ses relations et rapports avec les autres groupes 
religieux notamment avec l’Islam. S’inscrivant dans la logique du vivre ensemble voulu par le 
nouvel Etat ivoirien, l’Eglise catholique va jouer sa partition en posant des actes allant dans le 
sens du rapprochement avec les musulmans. L’un des actes majeurs de sa volonté de 
cohabitation pacifique et avec les autres religion a été la reconnaissance du principe de la 
laïcité proclamé par la constitution de 1960. En effet, l’archevêque d’Abidjan Mgr Bernard 
Yago, alors porte-parole des évêques catholiques de Côte d’Ivoire déclare : 
  

Loin de s’opposer à la laïcité de l’Etat, comme on le croit trop souvent, l’Eglise 
catholique la reconnait et l’approuve. Nous revendiquons comme hautement 
chrétienne et évangélique cette conception du pouvoir politique, selon la parole du 
Christ : "rendez à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu (B. 
Yago, 1960). 
 

Par cette déclaration sans équivoque, l’Eglise catholique en Côte d’Ivoire accepte « l’ordre 
profane » (B. Yago, 1960), affirme la « distinction entre le pouvoir politique et le 
pouvoir spirituel » (B. Yago, 1960), et reconnait « le pluralisme religieux » (B. Yago, 1960) 
en Côte d’Ivoire. Par cette affirmation, l’Eglise est donc consciente de la situation religieuse 
ivoirienne, un pays pluriconfessionnel dans lequel aucune religion ascendance sur l’autre. 
Dans une telle situation, le bon sens commande de reléguer au second au plan les intérêts 
individuels et égoïstes pour faire triompher le collectivisme, le vivre-ensemble. Désormais 
tous les actes posés, toutes les paroles prononcées doivent tendre vers cet idéal. Quand on sait 
l’influence de l’Eglise catholique dans la vie politique, sociale et religieuse, quand on 
considère aussi la personne de Mgr Bernard Yago dont l’influence irradiait tout le pays, on 
mesure facilement la portée historique de cette déclaration dans la cohabitation des religions 
en Côte d’Ivoire. L’Eglise catholique donne ici la preuve de sa volonté à faire de la 

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cohabitation pacifique des groupes cultuels le socle de la paix et la cohésion sociale du nouvel 
Etat ivoirien. 

Joignant l’acte à la parole et conformément à l’ouverture faite par le concile Vatican II 
(1962-1965) en direction des autres cultes, l’Eglise catholique en Côte d’Ivoire crée en 1968, 
une commission en charge des relations avec les musulmans (E. Yao Bi, 2009, p. 144). Cette 
initiative est la preuve tangible de la politique du vivre ensemble encouragée par la hiérarchie 
catholique ivoirienne. Son principal rôle était de faciliter le dialogue entre les deux 
hiérarchies. Cette collaboration par le sommet des hiérarchies donne l’exemple d’une saine 
collaboration entre les deux communautés par le bas. Si cette collaboration par le haut a des 
répercussions très appréciables par le bas, c’est grâce à la grande influence que les différentes 
hiérarchies ont sur leurs fidèles. Cette politique de rapprochement va s’accentuer avec la 
création, en 1970, du groupe "Islamo-Chrétien" (E. Yao B, 2009, p. 144). Cette organisation, 
contrairement à la première, présente deux caractéristiques fondamentales. L’idée de création 
n’émane pas de la hiérarchie, mais plutôt d’un religieux, le franciscain Gwénolé Jeusset (E. 
Yao Bi, 2009, p. 144) ; c’est la preuve de l’engagement de toutes les composantes de l’Eglise 
à œuvrer pour une cohabitation pacifique avec les musulmans. Aussi, cette nouvelle 
organisation à une base plus large et ouverte que la précédente : elle ne se limite pas qu’au 
culte islamique, mais elle associe d’autres groupe cultuels d’obédience chrétienne : il s’agit 
des protestants méthodistes et Assemblées de Dieu. Cette structure est animée aussi bien par 
des chrétiens que des musulmans. On peut citer entre autres, côté chrétien, Frère Gwénolé 
Jeusset, Luc Moreau, Jean-François Dufour, Suzanne Périn, le Père Siméon Atsain, Célestin 
Koffi Ibrago ; côté musulman Baba Sakho, Amadou Hampâté Bah, Alpha Cissé, Tidjane Bah 
(E. Yao Bi, 2009, p. 144).  

L’objectif n’est pas de faire un catalogue des structures et actes de rapprochement, 
mais, à travers ces quelques exemples, montrer l’excellence des rapports catholiques et 
musulmans au lendemain de l’indépendance de la Côte d’Ivoires. Toutes ces structures, actes, 
paroles ont activement participé aux renforcements des liens entre ces deux communautés 
malgré la différence de leur dogme. A travers ces structures, catholiques et musulmans 
apprennent à s’apprivoiser en apprenant à vivre l’un à côté de l’autre, et à partager des valeurs 
qui sont communes aux deux, à savoir la fraternité, l’amour du prochain, l’espérance et la 
culture de la paix. 
 

 La communauté musulmane et le maintien de la cohésion avec le culte catholique 
Contrairement à l’imaginaire populaire et aux stéréotypes qui voient l’Islam comme 

une religion de violence, cette communauté religieuse a montré une image bien différente en 
Côte d’Ivoire dans sa cohabitation avec les autres religions. Se voulant une religion de paix et 
de fraternité, l’Islam, va s’engager résolument dans la quête de la cohésion et de la paix 
durable en Côte d’Ivoire. Au lendemain des indépendances le continent était secoué par une 
série de crises et de conflits interreligieux. En Afrique de l’Ouest, le cas du Nigeria faisait 
école par la recrudescence des crises religieuses. En guise d’exemple, on peut relever le 
conflit intra musulman dans l’Etat de Kano, en 1980 ; pour les confrontations entre chrétiens 
et musulmans, on a celles survenues, en 1987, dans l’Etat de Kaduna, en 1991 dans les Etats 
de Katsina et Bauchi, etc. Ces conflits ont fortement affecté et écorné la philosophie de paix 
de cette religion. Conscient des effets corrosifs sur la stabilité politique de ces nouveaux Etats, 
la communauté musulmane ivoirienne n’a ménagé aucun effort pour épargner la Côte d’Ivoire 
des effets néfastes des conflits inter-religieux. Cet idéal passe indéniablement par 
l’acceptation de l’autre et du vivre ensemble. C’est ce qui ressort de l’affirmation de El Hadj 
Aboubacar Fofana, porte-parole de la communauté musulmane en Côte d’ivoire : « Notre 
pays doit rester laïc, multiethnique, multiconfessionnel et multidimensionnel » (Africa 
International, 2010, p. 20). Lors de la rencontre internationale islamo-chrétienne à Abidjan, en 

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1978, l’un des participants, séduit par l’intelligente cohabitation des communautés chrétienne 
et musulmane a déclaré : 
 

En Côte d’Ivoire, vous avez la chance que les communautés musulmane et 
chrétienne soient importantes : ainsi aucune des deux ne fait de complexe 
d’infériorité devant l’autre. Aucune ne se perçoit comme une minorité opprimée. De 
plus le climat social et économique de votre pays ne vous tourne pas vers 
l’agressivité mais vers le dialogue. C’est ce qui explique que, chez vous, les 
échanges entre chrétiens et musulmans soient possibles et fructueux (N.E.A., 1978, 
p. 10). 
 

Ce témoignage est éloquent et révélateur de l’excellence des relations entre les groupes 
cultuels en Côte d’Ivoire, particulièrement entre chrétiens et musulmans. Les différentes 
structures de dialogue et de concertation mis en place ont permis de renforcer les liens entre 
les communautés et permis de prévenir d’éventuels conflits entre elles. C’est ensemble que 
chrétiens et musulmans ont pris leur responsabilité toutes les fois où la paix sociale a été mis à 
mal par les politiques. En témoigne les missions de bons offices menées par Mgr Yago, 
l’Iman de la mosquée de la Riviera et du président de l’Eglise méthodiste (F. Coulibaly, 2016, 
p. 155) au marge des événements du mardi noir, en 1992. Cette démarche a permis la 
décrispation de l’atmosphère socio-politique délétère et la libération des prisonniers politiques 
en août 1992. La cohabitation entre ces deux communautés n’est pas de façade, elle est réelle 
et basée sur la confiance et le respect mutuel. Cela a été démontré à « Kouassi Datékro 
(Tanda) où chrétiens et musulmans ont procédé ensemble aux inaugurations respectives le 5 et 
6 juin 1987 de la mosquée et de l’église catholique » (E. Yao Bi, 2009, p. 151). Toutes ces 
actions communes sont un baromètre permettant de jauger l’excellence des rapports entre 
chrétiens et musulmans. C’est aussi l’expression de la volonté des deux communautés à 
cohabiter pacifiquement dans un espace laïc.  

A son accession à l’indépendance, les autorités politique voulant construire un Etat 
solide, ont accepté et toléré la présence des religions. Dans cette grisaille, le catholicisme et 
l’islam, les cultes les plus significatifs ont très tôt compris la nécessité d’une cohabitation 
pacifique entre les deux communautés. Les différentes hiérarchies n’ont ménagé aucun effort 
pour parvenir à cet idéal. Le témoignage de cet interlocuteur, interrogé en 2018 dans le cadre 
d’une enquête portant sur le dialogue interreligieux, décrit clairement ce qu’étaient les 
rapports entre chrétiens et musulmans sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny  
 

Depuis l’école primaire, je n’ai jamais vu des conflits entre des personnes sur la base 
des religions. La Côte d’Ivoire est un pays laïc. Il y a des mariages entre les 
musulmans et les chrétiens. On va à la messe, on attache la kola en même temps. 
Pendant le Ramadan, les gens partageaient et recevaient. Il n’y a fondamentalement 
pas de problèmes. Personnellement, je suis chrétien, mais je participe à la nuit du 
destin. J’ai des amis musulmans qui m’invitent à la fête de Tabaski. On est tous 
monothéistes, malgré la différence des pratiques. Quand il y a des veillées 
mortuaires, les sourates sont traduites et résumées. On se rend compte qu’il y a un 
fondement : Abraham. Ce fondement devrait empêcher des batailles pour autre 
chose. Entre frères, même s’il y a des divergences, on ne se détruit pas. (Institut 
Afrique Monde, 2018, p. 11) 
 
Cependant, cette cohabitation pacifique va être mis à mal avec la notion d’ivoirité. 

Loin de s’améliorer, les rapports vont plus s’estomper à l’occasion de la crise militaro-
politique de 2002.    

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2- LES CRISES SOCIO-POLITIQUES ET LA DETERIORATION DES RELATIONS 
ENTRE CHRETIENS ET MUSULMANS 
 

Cette parfaite entente entre ses deux communautés va s’effriter à l’accession de Henri 
Konan Bédié au pouvoir et s’aggraver à l’occasion de la crise militaro-politique survenue en 
2002. Cependant, la capacité de résilience des cultes et leur volonté manifeste de saine 
cohabitation va leur permettre de surmonter cette épreuve en réapprenant à vivre ensemble. 
 
2.1- Le concept de l’ivoirité et le dépérissement des relations chrétiens-musulmans 

 
L’épisode de l’ivoirité a été une des périodes tristes de l’histoire de la première 

République ivoirienne. Elle a pollué l’atmosphère religieuse en Côte d’Ivoire et fragilisé 
l’attente entre chrétiens et musulmans. Cette notion désigne 
 

L’ensemble des données socio-historiques, géographiques et linguistiques qui 
permettent de dire qu’un individu est citoyen de Côte d’Ivoire ou Ivoirien. Ce terme 
peut aussi désigner des habitudes de vie, c’est-à-dire la manière d’être et de se 
comporter des habitants de Côte d’Ivoire, et enfin, il peut aussi s’agir d’un étranger 
qui possède les manières ivoiriennes par cohabitation ou imitation. L’individu qui 
revendique son ivoirité est supposé avoir pour pays la Côte d’Ivoire, né de parents 
ivoiriens appartenant à l’une des ethnies autochtones de la Côte d’Ivoire (G. 
Niangoran Bouah, 1996, p. 46). 
 

A travers ce morceau choisi de l’ethno sociologue, Niangoran Bouah, cette notion a une 
connotation purement culturelle, elle vise à faire l’apologie de la particularité intrinsèque de 
l’Ivoirien dans le vaste ensemble géographique africain. Pris dans ce sens, ce concept est 
salutaire et fédérateur. En l’initiant, les concepteurs ambitionnaient rassembler toutes les 
forces vives ivoiriennes autour de la mère patrie afin de juguler les incertitudes de la période 
post-Houphouët-Boigny (L. Assouanga, 2019, p. 46). Malheureusement, cette notion a été 
utilisée à des fins de commerce politique par ses laudateurs et comme moyen de victimisation 
par ses pourfendeurs (L. Assouanga, 2019, p. 46). En effet, c’est avec regret que certains 
hommes politiques ont profité des polémiques créées par ce concept pour instrumentaliser la 
fibre ethno-religieuse dans le but d’assouvir des desseins mesquins inavoués. Les 
circonstances qui entourent la création de ce concept – la guerre de succession entre les 
héritiers d’Houphouët, l’accroissement du nombre d’étranger en Côte d’Ivoire (30% de la 
population locale), les troubles liées au foncier entre les autochtones, allochtones et allogènes, 
etc. – ont contribué à donner une connotation nocive au concept : de "concept culturel" nous 
sommes rapidement parvenus à un "concept d’exclusion". D’un côté, on a ceux qui se sentent 
"plus Ivoiriens" que les autres, se disant "vrais" Ivoiriens ; de l’autre les envahisseurs, les 
étrangers. Désormais, sont taxés d’étrangers tous ceux qui ont un nom à consonance nordique 
: Coulibaly, Koné, Bakayoko, etc. Malheureusement, comme la plupart des musulmans ont 
des noms à consonance nordique, l’assimilation a été vite faite. C’est cette fâcheuse 
assimilation qui a influencé cette déclaration de Gbamnan Djidan, homme politique proche de 
Laurent Gbagbo : « Il faut empêcher les étrangers de prendre part au vote. Nous les 
connaissons, nous connaissons leurs domiciles (…) Si les musulmans et les Dioula dont on 
demande la radiation obtiennent la carte nationale d’identité à la fin de l’opération 
(contentieux judicaire), on vous arrache nos terres » (Nouveau Réveil, 2012, p. 6). De cette 
intervention, on retient une assimilation flagrante d’étrangers à musulmans et musulmans à 
dioula. C’est dans ce contexte qu’un Nord musulman et un Sud chrétien sont créés dans 
l’imaginaire des gens, alors que la réalité en est tout autre. En 1998 le Recensement Général 

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de la Population et l’Habitat (RGPH) montre que sur une population estimée à environ 16 
millions, 39 % sont musulmans, 30 % sont chrétiens.  
 

Le détail de ces chiffres révèle que 77 % des musulmans vivaient dans le Sud et 
seulement 23% dans le Nord. Abidjan, capitale économique et plus grande ville du 
pays, comptait à elle seule 20 % de tous les musulmans du pays. Ceci veut dire que, 
d’après les déclarations faites aux recenseurs, il y avait alors trois fois plus de 
musulmans dans le Sud de la Côte d’Ivoire que dans le Nord (T. Bassett, 2003, p. 
18) 
 

Cette division imaginaire naît de l’interprétation de la guéguerre entre les principaux héritiers 
d’Houphouët : d’un côté Alassane Ouattara musulman et ressortissant du Nord, de l’autre 
côté, Konan Bédié, chrétien catholique appartenant au groupe akan dont la grande majorité est 
localisée dans le Sud. Cette conception erronée de la géographie religieuse ivoirienne est 
renforcée avec l’annonce faite par Alassane Ouattara : « on ne veut pas que je sois président 
parce que je suis musulman et nordiste ». Cette politisation a mis à mal la cohésion des 
différentes communautés religieuses. Cette déclaration d’El Hadj Aboubacar Fofana, porte-
parole de la communauté musulman traduit l’ampleur de la fracture entre ces deux 
communautés :  
 

Nous n’accepterons plus l’exclusion et l’humiliation. Dans les années 1940, nos 
parents se sont mobilisés pour Félix Houphouët-Boigny contre un des leurs, Sékou 
Sanogo, pourtant musulman. Nous n’avons regardé ni l’ethnie, ni la religion, depuis 
les années 1940 jusqu’à sa mort nous sommes restés fidèles à Félix Houphouët-
Boigny. Depuis 1993, nous subissons des sentiments de haine, dans les bus, dans les 
bureaux, il y avait des policiers qui déchiraient nos cartes d’identité sous nos yeux, 
jusqu’en décembre 1999. Notre pays doit rester laïc, multiethnique, 
multiconfessionnel et multidimensionnel, car les musulmans sont présents dans tous 
les partis politiques (Africa International, 2010, p. 20). 
 

La fracture est ainsi consommée, il existe deux groupes religieux qui se regardent en chien de 
faïence : d’un côté on a les musulmans assimilés aux envahisseurs, aux étrangers et 
soupçonnés d’être proches de l’opposition et qui sont connus sous le sobriquet de "Dioula". 
De l’autre côté, les chrétiens, on disait qu’ils étaient partisans du régime du chrétien Henri 
Konan Bédié. Cette crise identitaire a effrité la cohabitation en bonne intelligence entre ces 
deux groupes religieux en Côte d’Ivoire. L’instrumentalisation et la politisation de l’ivoirité 
ont abouti à la fracture sociale entre les différentes couches du pays, notamment entre 
chrétiens et musulmans. Même si, jusque-là on a réussi à éviter le pire, c’est-à-dire un conflit 
ouvert entre les religions, il faut reconnaître que des dissensions existent bel et bien entre les 
différents cultes. Cette notion a eu une action corrosive sur la confiance qui était établit depuis 
des lustres 
 
2.2- Le Crise militaro-politique de 2002 et l’exacerbation des antagonismes 
 

Jusqu’en 1999, la Côte d’Ivoire et le Sénégal étaient les seuls pays de l’Afrique de 
l’ouest à ne pas connaître de coup d’état, à connaître la stabilité politique. Ainsi, le 24 
décembre 1999, la Côte d’Ivoire rejoint le cercle des pays instables avec le général Robert 
Gueï qui évince Henri Konan Bédié, successeur, depuis le 7 décembre 1993, de Félix 
Houphouët Boigny. Cette instabilité s’aggrave dans la nuit du 18 au 19 septembre 2002. Cette 
nuit-là, une tentative de coup d’Etat avortée se mue en rébellion armée, consacrant la partition 
du pays en deux zones : la moitié nord et ouest, sous le contrôle des rebelles et, le sud resté 

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aux mains des forces gouvernementales. Cette attaque venue du Nord du pays, est menée par 
des soldats ressortissants du Nord sous le fallacieux prétexte de défendre l’intérêt des 
nordistes et des étrangers qui étaient victimes de maltraitance dans le sud du pays. Or quand 
on sort d’une crise identitaire qui a assimilé maladroitement le musulman à l’étranger, 
l’imaginaire populaire ne pouvait que croit à une guerre entre le nord musulman, et le sud 
chrétien. La plupart des habitants du Nord étant musulmans, une assimilation rapide est faite 
entre le Nord et l’Islam, c’est bien évident que les musulmans soient la cible des attaques et 
de tracasseries. La manipulation étant la chose la mieux partagée en de telles situations, des 
politiciens véreux aux intentions inavoués, vont  
 

Requalifier des conflits politiques en conflits ethniques ou religieux. Victimes de 
cette manipulation politique et de leur naïveté politique, de nombreuses personnes, 
notamment des jeunes, ont sombré dans la violence. C’est ainsi que des mosquées 
ont été brûlées et des églises attaquées. (Institut Afrique Monde, 2018, p. 12).  

 
Le révérend père, Eric Abékan Norbert, qui a été victime de cette montée de tensions entre 
chrétiens et musulmans raconte : « Les hommes politiques ont joué sur la fibre religieuse. Des 
mosquées ont été brûlées. Des églises ont été attaquées. A l’époque, j’étais curé, Mon église a 
été brulée. C’était en 2002 » (Institut Afrique Monde, 2018). Même son de cloche avec 
l’imam El Hadj Youssouf Konaté qui révèle l’incendie de plusieurs mosquées et l’assassinat 
de plusieurs imams à Abidjan ou Duékoué dans l’Ouest (Institut Monde Afrique, 2018, p. 15) 
Cette crise militaro-politique a profondément affecter la cohésion des religions en Côte 
d’Ivoire. Désormais entre elles, il s’est dressé une citadelle de méfiance, une suspicion 
réciproque entre les cultes. Cette situation va faire développer l’intolérance entre ces deux 
communautés, une situation anodine peut conduire à un affrontement généralisé. Pour s’en 
convaincre, il n’est que se référer à cette situation malencontreuse intervenue dans un village 
situé dans le diocèse d’Abengourou. En effet,  
 

Un musulman voulant épouser une catéchumène catholique l’empêche de venir à 
l’Eglise et, de surcroit, cherche à la pousser à l’apostasie. Les chrétiens informés 
insultent sans ménagement les musulmans qui prennent l’Eglise d’assaut, saccageant 
et reversant tout sur leur passage ; ils font même retentir à plusieurs reprises la 
cloche. Les chrétiens à leur tour s’en prennent aux musulmans et renversent tout ce 
qui s’y trouve (E. Yao Bi, 2009, p. 153) 
 

On le voit une situation anodine a viré en un conflit interreligieux. C’est la preuve irréfutable 
de l’intolérance qui prévaut entre les communautés. Tout acte posé par un camp est considéré 
comme une provocation auquel il faut répondre.  

Face à cette atmosphère délétère, les deux communautés ont convenu a amorcé une 
nouvelle ère dans leur cohabitation. C’est ce que nous appelons l’ère du "réapprendre à vivre 
ensemble".   
 
3- L’ERE DU "REAPPRENDRE A VIVRE ENSEMBLE" 
 

Au sortir de la décennie de fortes turbulences, il importait de recoller les morceaux 
afin de rétablir la confiance rompue, c’est ce à quoi s’attèlent les guides des deux 
communautés. L’objectif principal est de rétablir le lien effrité par cette longue série de crises. 
Il faut que les deux communautés réapprennent à vivre ensemble. Cela se fait soit à travers 
des structures œcuméniques ou par des initiatives personnelles 
 
3.1- Les structures de rapprochement 

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La création en 1995, du Forum National des Confessions Religieuses (FNCR-CI) 

témoigne des dommages collatéraux de la politisation de la fibre ethno-religieuse sur la 
cohésion des cultes en Côte d’Ivoire. Né de la volonté du Groupe d’Etudes et des Recherches 
sur la Démocratie et Développement Economique et Social en Côte d’Ivoire (GERDDES-CI), 
le FNCR-CI est l’un des plus grands groupes œcuméniques existants. Il est la réunion de 25 
confessions religieuses dont le Catholicisme, l’Islam, le Protestantisme, le Bouddhisme, les 
églises syncrétiques telles que le harrisme, le déhima, etc. Il est dirigé par le Senior Ediémou 
Blin Jacob, chef de l’Eglise du Christianisme céleste. Ce groupe est un véritable instrument de 
rapprochement entre les groupes religieux en Côte d’Ivoire. Plusieurs objectifs lui ont 
assignés à sa création : faciliter les échanges entre les cultes, briser la citadelle de de méfiance 
qui s’est bâtie entre les cultes pendant les différentes crises. A ces objectifs, l’imam El Hadj 
Cissé Djiguiba, dans sa communication au colloque sur le dialogue interreligieux, en 2010, 
insiste sur un point particulier : « Créer une émergence d’échanges perpétuels avec les 
associations d’étudiants catholiques et musulmans » (Actes colloque, 2010, p. 13). Le FNCR-
CI est aussi chargé entre autres de défendre la liberté religieuse, consolider la coexistence 
pacifique, perpétuer l’esprit de fraternité qui existe entre les différents cultes en Côte d’Ivoire. 
Cette structure a joué un rôle important dans le rapprochement des cultes. Elle sert 
aujourd’hui de plate-forme consensuelle de tous les responsables religieux désireux de faire 
une déclaration commune (E. Yao Bi, 2009, p. 154).  A travers cette organisation, tous les 
cultes s’efforcent, au nom de la cohésion sociale, d’avoir de bons rapports entre eux. Les 
messages délivrés par le Forum sont répercutés par les différentes composantes dans leurs 
communautés à l’intention de leurs membres (Institut Afrique Monde, 2018, p. 14). A travers 
les différentes actions et sensibilisation, ce groupe est parvenu, en amont, à éviter des conflits 
interreligieux. C’est ce qui ressort du témoignage de l’imam El Hadj Youssouf Konaté :  
 

Très tôt en effet, nous avons perçu les signes avant-coureurs de la grave crise qui a secoué le 
pays ces dix dernières années. Pour cette raison, nous avons organisé avec persévérance des 
séminaires de formation et de sensibilisation des imams, des leaders des communautés et 
associations musulmanes du pays. Concrètement, il s’agissait de prévenir les conflits et 
d’identifier les moyens de préserver la paix sociale, malgré la partition de fait du pays entre 
Nord et Sud, depuis septembre 2002. Le message principal délivré comme un leitmotiv lors de 
ces réunions était que le conflit ivoirien était de nature politique et non religieuse. Il s’agit 
d’une lutte pour le pouvoir qui n’a rien à voir avec les croyances des uns et des autres (Institut 
Monde Afrique, 2018, p. 15). 
 

C’est dans cette dynamique d’instaurer un climat de paix et rapprocher les communautés que 
Laurent Mandjo, évêque de Yopougon crée, en 2005, le Collectif des religieux comprenant les 
représentants de toutes les formations religieuses de Côte d’Ivoire. Son objectif principal est 
de participer activement au rapprochement des cultes et à la réconciliation en Côte d’Ivoire.  
 
3.2- Des initiatives personnelles 
 

Aux actions louables de toutes ces structures qui œuvrent pour le rapprochement des 
groupes religieux, il faut souligner les actes, individuels ou collectifs, de certains responsables 
qui participent à leur façon à la décrispation de la situation et la prévention de certains 
éventuels conflits. On peut évoquer, entre autres l’engagement du père Eric Abékan aux côtés 
de certains imams. Il déclare à cet effet :  
 

J’ai pris contact avec l’Imam Guidjiba de Radio Albayan. Nous sommes passés 
ensemble et en direct à la radio. Nous nous sommes concertés et avons pensé qu’il 

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fallait vite éteindre le feu. Nous n’avons pas eu peur de dire aux hommes politiques 
de ne pas instrumentaliser les religions. Nous avons rencontré des jeunes et des 
femmes. Les femmes ont créé une confédération des femmes. Elles débattent des 
problèmes de la communauté. Les jeunes organisent des débats et des rencontres 
sportives (football). Nous intervenons à la radio (radio espoir et/ou radio Albayan), 
et par la presse. Chacun a son point de vue. Nous ne parlons pas de dogmes mais des 
problèmes de la vie concrète. Tout ce travail en amont a permis d’atténuer le feu. Il 
permet de mieux connaître nos frères musulmans. Nous évitons tout ce qui divise. 
Des ambassades (Israël, USA) nous invitent pour des débats (Institut Afrique 
Monde, 2018, pp. 13-14). 
 

Comme le souligne si bien l’historien ivoirien Ernest Yao Bi, toute cette débauche d’énergie 
traduit « L’effort et la volonté des Chefs religieux à promouvoir la paix, l’entente et la 
concorde entre les Ivoiriens et Ivoiriennes, quelles que soient leurs accointances religieuse et 
politique » (E. Yao Bi, 2009, p. 149).Toutes ces actions sont parvenues à redonner confiance 
aux deux communautés qui ont compris la nécessité de maintenir un climat de paix et une 
cohésion parfaite entre les groupes religieux. Cela a permis de revivre de belle expérience de 
fraternité, comme cela se faisait par le passé. C’est l’exemple du voyage, à bord du même 
appareil, du cardinal Bernard Agré et de l’imam El Hadj Cissé Djiguiba pour représenter les 
croyants de Côte d’Ivoire à Dakar, en 1997, à la faveur de la rencontre autour du thème 
« Religion et Sida » (E. Yao Bi, p. 148). Sur invitation de l’iman El Hadj Cissé Djiguiba, un 
prêtre catholique a prononcé une conférence dans une mosquée portant sur « Religion et paix 
» ; lui, il en a fait pareil dans une église (Actes colloque, 2010, p. 13). Que dire des 
assistances mutuelles lors des événements malheureux, des participations aux moments de 
réjouissances.  

Après les moments d’enthousiasme dans les relations entre chrétien et musulman, 
survient la phase conflictuelle engendrée par le concept de l’ivoirité et la crise militaro-
politique de 2002. Cependant la résilience des cultes leur a permis de se rapprocher à nouveau 
à travers plusieurs structures de dialogue.  
 
CONCLUSION 
 

Au terme de cette étude sur la cohabitation religieuse en Côte d’Ivoire, nous sommes 
parvenu à dégager trois phases dans l’évolution des relations. Jusqu’au décès du premier 
président ivoirien, les observateurs et les spécialistes du fait religieux en Côte d’Ivoire 
s’accordaient sur l’excellence des relations entre les groupes religieux, particulièrement entre 
les chrétiens et les musulmans, c’était la période de l’enthousiasme. Mais suite à l’avènement 
du Président Henri Konan Bédié à la magistrature suprême, cette donne change avec les effets 
corrosifs du concept de l’ivoirité. La situation va s’aggraver en 2002 à l’occasion de la crise 
militaro-politique survenue en Côte d’Ivoire, c’est la phase conflictuelle. Ces deux 
événements vont mettre à mal la cohésion entre catholiques et musulmans. Cependant, la 
volonté de vivre en parfaite harmonie va contribuer à décrisper l’atmosphère et ramener les 
deux communautés à la table de discussion, c’est l’ère du "réapprendre à vivre ensemble". 
 
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IJO- International Journal of Social Science and Humanities Research ( ISSN 2811-2466 )

Volume 5 | Issue 08 | August 2022 |                     https://www.ijojournals.com/index.php/ssh/index 50



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